Le crime et la folie 5 ed 1888

bibliotIèque SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE LE CRIME PUBLIEE SOUS LA DIRECTIOH DE M. ÉM, ALGLAVE Volumes in-8, reliés en toile anglaise. — Piix : G fr. eu <]emi-rolÍiirc (raiiialeur, 10 fr. ET DERNIERS VOLUMES PARUS Romanes. L’intelligence des anjmaüx, avec une nréfacc de M. Edniond I- Perrier. 2 vol (2 fr. Alf. Binet et Ch. Féré. Le mag.nétisme amual, avcc fig. 2® cd. 0 fr. O. Schmidt. LeS SIAMUIFÈRES DANS LEUUS RaPPOUTS avec LEURS A^'CKTRES■ GÉOLOGiQUEs, avcc 51 fig. duns le lexlo R. Hartmann. Les singes anturopoIdes, avec fig. dans le Icxle. 6 fr. E. Trouessart. Lf.s uicrobes, les feruknts .ft les moisissures, avec 107 figures dans le lexte 6 fr. J.-L. de Lanessan. Introdcctiox a la botaniqle. Le sapi.s, avec 103 figures dans le lexle Manteg-azza. La pdysionoíiie et l’exprbssion des sentime.nts, avcc figures et 8 planches liors lexle 6 fr. De Meyer. Les organes de la parole, avec 51 figures. ... 6 fr. Stallo. La matière et la puysique uoderne 6 fr. Edm. Perrier. La pjMLosopiitE züologiqce avant Darwin. 2®éd. KouRuis, LES abkilles ET LES culipKs. 2 vol. avec DO fig. dans Ic lexle el 13 planches cn noir et cn couleurs . 12 fr. Young. Le soleil, avcc 80 figures 6 fr. Alpli. de Candolle. L’oiiigine des plantes cültivées. 3® édit. 6 James Sully. Les illusions des sens et de L’EspntT ® Charlton Bastian. Le cerveau et la pensée. 2 volumes, avcc 18* figures dans le lexle = 12 fr. De Saporta et Marion. L’évolution du règne vécétal. Les cnjptogames, avec 8o figures dans le lexle 6 fr. De Saporta et Marion. L’évolütion du règne végétal. Lcs p/ía»drogames. 2 vol., avec 130 figures 12 fr. F LIE 6 fr. 6 fr. PAR H, MAUDSLEY 6 fr. ProfcMcur do niódecíno lóJgalo ã Univcr«ty.College (Londres) C1NQUIÈ.\IE ÉDITION SOÜS PRESSE, POÜR PAR.VITRE PROCUAI.VEMENT : Lacassagne. Les cntuiXELS. 1 vol. avec figures 0 fr. A LA MÊME LIDRAIRIE Maudsley. La patuolocie de i/esprit. 1 vol. in-8 "7 fr. [jO Garofalo. I.a criuinolooie. 1 vol. in-8 * . . 7 fr. üO Lombroso. L’iioume criui.nel (criminci-né,’fòu’moraí, 6pilepUq»®)- 1 vol. in-8 * 10 fr. Atlas coiúcimnl portrails, traces graphique’s,’fac-?imnós’d’’ccriturcs et de dessins, poiir aceompagner )’ouvragc ci-dessus. . . ® Tarde. La criminalité comparée. 1 vol. in-18 . 2 frCh. Féré. Degenérescence et criminalitê. 1 vol.' in-Í8 .* . 2 frTh. Ribot. Les ualadíes de la mémoirk. édit. 1 vol. in-18. 2 fr. ;|0 — Les maladies de la volonté. 4® édit. 1 vol. in-18. 2 fr. u® — Les maladies de la per.sonnalité. 2® cdH. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 Taylor. Ttaité de médecine lécale. traduit sur Ia-7® édilion anglaise, 1 vol. grund in-8 15 frPARIS ANCIENNE LIBRAIRIR GERMER BAILLIÈRE FÉLIX alcan, éditeur 108, BOELEVARD SAJNTET C‘® germain, 108 1888 Tous droils reservés. Coulommicrs. — Imp. P. urodado et Gmou.

ms j9i/u 10^ Ç ■ LE CRIME ET tíífrV, Í«>M> >1^5 LA FOLIE CHAPITRE PREMIER INTRODÜCTION iLes fous dans les asiles; dans quelle mesure >j?jessemblen aux gens sensés; dans quelle mesure is STnHment des préjugés populuires et des deAnitions Regales. - SenUment de répulsion inspire par les fous. — Cruaule a „ causes. - Eífets des idéjs lliéologiques et des '^^es SIÍIMGS — L’esDrit est une foncUon du cerveau; le troublc üe 1’esprit résulted'un Iroubledu cerveau. ndfSolo* du corps sur les fonctions mentales. - methode ^lyjolo gique est indispensable dans 1'étude de la folie. 7Ijcompétence de la mélhode psychologique. - Tyrannie ^anisme.^^^ Iníluence de riiérédité. — Responsabilité ^gs cricriminclles. — Le crime liéréditaire. — De y- menlale mineis; défectuosiló do leur organisation pliysique et menlale, leur nropension à lo maladie. — Zone frontiere entre la fólie e le crime. - Les causes, le cours et les variétés de la degenerescence inléllecluelle et morale doivent êlre étudies suivani la mélhode inductive. Í1 s’est opéré, certes, un grand changement depuis siècle, soit dans l’opinion, soit dans la pratique, en tout ce qui concerne les maladies mentales. Pourtant, aujourd’hui encore, il est peu de personnes qui n’accueiiiissent la proposition de visiler une maison JIAUDSLEY. un de fous du i

3 INTRÜDÜCTION 2 CRIME ET FOLIE fait la remarque, « les rnêmes idées, les mêmes erreurs, <c les mêmes passions, les mèmes infortunes : cest le « même monde; mais dans une semblable maison, les traits « sont plus forts, les nuances plus marquées, les couleurs « plus vives, les effets plus heurtés parce que ITiomme s'y « montre dans toute sa nudité, parce qu'il ne dissimule « pas sa pensée, parce qu’ü ne cache pas ses défauts, (( parce qu’il ne prête point à ses passions le charme qui « séduit, ni à ses vices les apparences qui trompent. » (Oes malâclies mentales, I, i). Mais, habile ou novice, 1’observateur devenu familier, après un certain temps de séjour dans un asile d aliénés, avec les manières, les pensées et les senliments de ces infortunés, reconnaitrait certainement dans quelle grande erreur on tombe en supposant, comme on le fait soment, qu’ils sont devenus assez étrangers à eux- mêmes et à leur espèce pour n’ôlre plus influencés, soit quand ils agissent soit quand ils sabstiennent, par les mêmes motifs que les d'un entendement sain. Quand un aliéné doit même sentiment que Tinvitation d’aller voir, dans un jardin zoologique, les bêtes féroces. Ellcs s’attendraient, sans aucun doute, â un spectacle tout différent de celui que la vie habituelle met chaque jour sous leurs yeux, et, probablement, elles sorliraient d’un asile d’aliénés fort désappointées du résultat de leur visite. Comme M. Burke, au moment de franchir la porte, a oü sont les fous? » demanderaient-elles, elles aussi. On raconte en eítet, que ce grand orateur philosophe non moins qu’homme d’état, après avoir parcouru toutes les ■salles d’un hospice de fous, se tourna vers son guide et lui dit n’avoir pas vu un seul individu qui lui eút paru insensé. Là-dessus le directeur appela un des malades dont les ingénieuses théories politiques avaient fort intéressé 1’iUustre visiteur et, 1’ayant mis sur le sujet de delire habituei, le pauvre homme son . , commença immédialeraent a parler des piquants de porc-épic qui, s’imaginaitrênrp chaque repas. L’incohé- rence de son langage eut bienlòt tous les fous ne ressemblent gartli. convaincu Burke personnes répondre en justice de queique violence criminelle, il est de règle pour les légistes que, si l’on peut dccouvrir à celte aclionun motif ordinaire, comme la colère, la vengeance, lajalousie ou toute autre passion, la question de folie doit être écartée, et tout au moins Texemption de responsabüiié pour cause de folie n’est pas recevable. Le ibu idéal que crée la loi est supposé agir sans motif ou par motif qu’il n’entre pas dans Tesprit d’un homme sensc de concevoir. Si donc un individu manifestement fou pour tout le monde commet un délit ou un crime sous Timpulsion d'un motif naturel, il est, par cela même, présiirné avoir agi avec pleine conscience et entière responsabilité. II ne peut pas se conimetlre d’erreur plus grande. Si, de nos jours, on est enfin parvenu à trailer la folie avec bumanilé c’est, en grande parlie, parce qu'on a reconnu deux choses : la première, que le fou a les mèmes pasque pas aux peintures de HoPour la plupart. en effet, ils en sont fort ditférems Des hôtes dun asile d’aliénés, bien peu présenteraient ii Vobservateur des singularités nolables d’aspect, de conduite ou de langage; un plus grand nombre l’i raient par la tristesse de leur leur altitude - - impressionneregard et rindifférence de "ères et dans choses leur élaient élranni par laction, qu’ils ne sont Voilà tout un parle regard,ni parlaparole, '■ pas comme tout le monde. /^equepourraitapercevoir race nouvelle; il verrait I hnm nouveau ni une un visiteur accideniion

5 INTRODUCTION 4 CRIME ET FOLIE Les sentiments manifestés par Ia masse, si diíTérents de ceiix qu’ell6 expritne devant toute autre maladie, rappellent la conduite des animaux inférieurs et de quelques celui de leur bande qui tombe malade. slons que celui qui mest pas fou et se relient de faire le mal ou se décide à faire le bien par les mêmes motifs qui produisent ces mêmes eíTets cbez Thomme sensé; la seconde, que ces motifs sont seulement efficaces dans taines limites au delà desquelles ils deviennent impuissanls, 1 espoir d’uue récompense étant alors sans influence et la craiiite sauvages envers Ils ne ralentissent point leur course pour permeltre au misérablc de se tenir à leur rang; loin de lui porter assistance sympathique, ils lui témoignent une anticerune palhie véritable et le repoussent de leur compagnie. C’est le plus triste des speclacles, en effet, que de voir l’acharnement avec lequel certains animaux persécutent ainsi les individus du même troupeau malades et sans défense. Par bonheur, le développement moral de Vhomme civilisé s’oppose à ce qu’il se comporte ainsi envers son semblable souffrant d’uoe maladie ordinaire du corps; le mal du prochain, au contraire, fait naitre en nous Ia sympathie chaleureuse et le zèle charitable. Mais ce n est plus tout ü fait la même chose quand la maladie est une affection de Tesprit. Un instinct obscur mais profond nous dit que ce mal-là n’est plus comme un autre, que Fhomme qui en est atteint « n’a plus sa tête; » qu il n appartient plus ni à lui-môme ni à son espèce et qu il est comme un sUgmate pour la nature de 1’humanité. II en résuUe un vague sentiment d‘antipathie semblable à celui que monIrent les animaux à leur congénère malade. Au fond, i infliction d’un cbáliment provoquant posiliveraent à plus de déraison et à plus de violence. Cestla mise en pratique de ces deux príncipes habilement combinés, qui a fait des asiles d’aliénés ce qu’Us sont aujourd hui : des maisons oü règnent l’ordre et le calme, et non plus comme jadis des géhennes de désordre et de violence; c’est pour cela que le curieux qui un hôpltal de fous comme il va visiter n’apercoit nen d’extraordinaire et se retire désappointé. Et cependant, h. lant d'égards semblable au re^e des 1 a cesse de ne faire qu’un avec son espèce- il nT . es attributs les plus élevés de riiumanité ceux n,r Ihomme est ce qu'il est parmi les animaux TJl pauvent disputer sur la nature et Pétendue duM ment, mais rien qu’en passant lenlnshnmA i ne manque pas de l’apercevoir. et il ne manque gnance; en dépit de n’est plus que la grimace do Ph.' vantbeaucoup de comn-co* Tout en éproules inalheureux afíligés ^‘'^'^veillance pour gnalion contre ceux qui legitime indinonibre n’en regarde na=í m le plus graiid une calamité d'un ordr^e to t Tr Maladie comme comme une honle et parfois ü la va voir une ménagerie peut-être y a-t-il là une curieuse évidence de Taction de la loi de sélection naturelle : Tindividu malade et devenu incapabledcsfoncüonsnaturelles de 1’espèce est instinctivementexclu de la communauté. Comme les animaux et les sauvages qui ont à parcourir de longues distances, abandonnent ou chassent le misérable qu\me infirmité du corps rend iiicapable de rester h son rang et dont la présence serait un embarras; de même les peuples civilisés jusqu’ü ces derniers temps, éloignaient et cachaient dans ^ ignobles gUes oíi Ton n’en entendait plus parler,les l^res de la société commune devenus, par la perte de la non meincomme un crim©^

6 CRIME ET FOLIE INTllODUCTION expressément 1’idée qu’une maladie soit plus qu une autre d’origine divine. Après avoir expUqué que les Scythes attribuenl à la Divinité la ciuse de certaine maladie, il exprime là-dessus son opinion personnelle, et dit que cette maladie ne vient pas plus de la Divinité les autres; qu’aucune n’est plus divine ou plus humaine que lautre; mais que chaque maladie a comme celle-là une cause nalurelle et que sans cause naturelle aucune ne se produit. Quaiid il parle des symptômes psychiques de diverses maladies du corps, il marque le terrain de l’observation et de la pratique médicales avec une largeur d’intelligence rarement égalée de nos jours; et le pelit nombre d’observations rapportées dans ses oeuvres, concernant les symptômes du délire, « montrent cette idée claire et correcte de la maladie qui a fait de ce premier observateur le modèle de tous les siècles suivants. ® II appelle Tattenlion sur des faits comme ceux-ci: rinsensibilité pbysique des aliénés; 1’apparition des maladies mentales au printemps; la producUon des troubles de rintelligence après une longue continuité de craintes et de peines; Tunion de la mélancolie et de l’épilepsie; 1’importance critique des ílux hémorrhoidaux dans la manie; la difficuUé de guérir la folie qui se déclare passé râge de quarante ans, etc. Or, comme il n’y avait aucune superslilion dans ces doctrines, il n’y avait non plus aucune barbarie dans le trailement qui étail purement médical et consistait surtout en purgations par rellébore. Mais le trailement moral n’élait pas inconnu des Grecs : Asclépiade, en eíTct, qui semble avoir réellement instituô une mélhode de trailement psychique, conseillait Tamour, le vin, la musique, le travail, et certains moyens spéciaux de fixer rattenüon et d’exercer la métnoire. II recommandait d’éviter la contrainte corporelle Gl permeltait seulement d’attacher les fous les plus dangereux. II n’est pas nécessaire d’entrer dans plus de dé7 raison, incapables de tenir bon dans la lulte pour 1’existence, et dont la présence élait ressentie barras, une honle et un danger t. Un des chapitres les plus tristes de 1'histoire de l'liumanité serait assurémentceluioü lon décrirait la cruauté avec laquelle les fous étaient traités jadis. Ces lemps sont plus, heureusement; mais il n’en est pas moins instructif de rechercher d’oü venaient ces coutumes bar bares. Car elles ne furent pas communes à toutes les nations et a toutes les époques; au contraire, elles naquirent de Vignorance et de la superslition, au temps des ténèbresde VEurope cbrétienne. Quoi qu aient pensé de la folie les peuples antérieurs aux Grecs anciens - et ü r le traitemem des ous etait smguhèrement éclairé et humain, _ il «st c«rexacte El e ctait pour eux une maladie dont la Kuérison trace des peintures terribles du fou nour-^’ ^ comme un emne que poéliqiies mesure du haut tPmn« 1 ' "«jourdMuii, comme A* ● temps, les penseurs dignes de m étaient libres du joug des fable courbe le vulcai pas prendre comme la savoir conlemporain. Alors - dans tous les nom s et des supersütions qui Science Psvchologie de Piaton, è cratequqUauldernaX^a ^'HippoGrecs. ●""sure de 1’intelligence dc5 Médecin et philosophe éminent, Hippocrate rejeite cZIã,T presqud de montrava.1 seconde éclilion

INTRODUCTION CULME ET FOLIE tails; ce que je viens de dire montre suffisamment les Grecs avaient acquis sur la folie des notions exactes et qu’ils la considéraient comme une maladie à guérir par un traitement médical et un traitement moral priés. Comment s’est-ii fait que des idees si éclairées tombèrent en complet oubli? Cette question n’est en réalitó qu un des côtés d'un problème beaucoup plus général ● Comment la haute cuUure esthélique et le magnifique dé* veloppement intellectuel de la Grèce qui semblaient être des acquisitions définilives ont-ils pu se perdre dansla barbane et l’obscurité du moyen dge? L serTlÍ passer de beaucoup les bornes de mon sujet quede les chosos'n.en aUtont ;-r;:;=í~;:íírSEr toteetecgl,gea.ententièrement la vraie méthode dt philosophie aussi bien que les luits dont Comme si Ia Science ne consislait u d excogitalions ingénieuses il. no t , ● server les pbénomènesdelánat d'ob- >0i31 mais:,aborieus mo£:tr„‘ '“hercher les esprit pour lui faire cend^’ ies oracl s“"> La£u moines et ,a pratique monaslique. un somb.-tTtTurasc:! 9 tisme religieux. Le corps n’était plus regardé qu’avec mépris comme un objet vil et dégradé : c’élait le temple de Satan, la demeure des plaisirs chameis qui font Ia guerre à Tâme ; aussi fallait-il veiUer et le tenir dans une sujétion constante, le crucifier chaque jour avec ses affections et ses jouissances. L’esprit emprisonné dans ce limon terrestre n’avait qu’une aspiration pure et impéri-- sable, celle de s’en dégager. Telle était la doctrine monstrueuse des rapports de Tesprit et du corps. Oii une lheorie rationnelle de la folie aurait-elle pu trouvev place dans un lel milieu de pensées et de sentiments? N’y voir qu une maladie était chose impossible. On Taltribuait à uneopération surnaturelle, divine ou diabolique suivant le cas; a une possession réelle de Pindividu par quelque puissance supérieure du dehors K Si les divagations de 1 insensé prenaient un tour religieux, si son existence se consumait dans la pratique fanalique de quelque pénilence extraordma.re, - couchant durant des mois dans un marais. le corps nu exposé aux piqüres de tous les insectes HaTT’ rr lenant pendant la plus erande partie de sa vie au sommet d’un pilier de soixanle pieds de haut, comme saint Siméon stylite; l’extrême vieillesse se laver les pieds, que approreí ou arrivant à sans avoir jamais commis le péché de mon*>r>hio comme saint Antoine, le patriarche du Fexppli L réputé avoir alteint 1'idéal de loxcellence humaine ; on le canonisait, il devenait saint. Le plus souvent, son état était altribué à la 6ion du diable ou d’un autre malin esprit dégradatlon d’une â ’ un posse.sou encore à la ame tenue en esclavage par le péché. :S£"SS“r~"“^ SErSlí^fSSSÊ Corps. í ’ dehors el n a plus de pouvoir sur lo

H INTRODUCTIÜN dans le domaine de Tesprit, les idées métaphysiques ont prévalu bien après que la Science induclive avait envahiet conquis lesautres départements de la Nature. La théologie et la métapliysique ayant des intérêls communs furent naturellement amenées à s’allier étroitoment, afin de conserver Tentière possession du domaine de Tesprit et de mettre une limite aux progrès de la reclierche inductive. De par leurs notions favorites surla nature de Tesprit et ses rapports avec le corps, on rcgardait comme impos sible et on eút dénoncé comme un sacrilége d'aborder 1’étude de ces choses par Tobservation physique et médicale. Supposer qu’on pouvait pénétrer au plus secret du sanctuaire de la nature par Tliumble porte des fonctions somatiques, quelle glorification impie et injuslifiable du corps, ce foyer de toute impureté, ce vase corruplible forme sur la terre et de la lerre 1 Quelle abominable dégradaüon de Tesprit, incorruptible, céleste et venu des cieuXjparLicipantenfmderimmortalité divinel Quiconque eüt osé proposer cette docLrine aurait été certainement mis à mort comme blaspbémateur et comme hérétique. Et cependant, il eút faliu le proclamer bienfaiteur de riiumanitê. De toutes les fausses croyances professéos par Ihumanité, il est impossible de dire laquelle a eu les plus permcieux elTels; mais on peut affirmer que peu d’erreurs de doctrine ont fait plus de mal que la nolion théologique des rapports du corps et de Tesprit. La tendance do la sp6culation tnélaphysique n'était guères moins hostile à 1’investigalion des fonctions mentales par 1’étude du physique. Lorsque, à force de lulter, les métapbysiciens eurent réussi à sortir des pures querelles de mots et se furent appUqués à 1’examen des phénomènes mentaux, la méthode employée négligea touteune face des clioses. Ce fut un système d’observalion mentale purement intime; cbacun regarda au dedans de soi et donna comme philosophie ce que cette introspeclion lui avait CRIME ET FOLIE 10 Soit pour une cause soit pour une autre, il était la juste viclime du déplaisir divin et avait été en conséquence précipité de la haute dignité de créature à Timage de Dleu. II était dês lors naturel que, ayant de la folie une telle idée, les hommes traitassent celui qui, dans leur croyance, avait posilivement le diable au corps, comme ils eussent traité le démon lui-même s’ils avaient eu labonne fortune de s’en emparer. Quand le misérable n’était pas mis à mort comme bévètique ou comme criminel, on Tenfermait dans un cachot et on Ty enchainait. 11 y gisait sur la paille et c’était k travers des grilles qu’on lui jetait sa nourriture et quon enlevait son fumier. Les oisifs en quôte de spectacles venaient le voir comme on va voir les bêtes sauvages, par passe-ternps; on le tenait en respect avec le fouet ou quelque autre aroyen de chúliment; il était plus négligé et plus maltraité que sMl eüt été uno bête féroce. Bien des fous, aussi, furent sans doute exécutcs commé sorciers ou comme ayant, par sorcellerie, conclu un pacte avecSa an^Lorsqu’on y rénéchit, quelle démonsJation frappante dela condition intellectuelle générale à celte epoque et du changement accompli depuis lors , absolue désuétude oü sont tombes les mots’ío noire sorcellerie, possession démoniaque, etc! Ils raient plus rien, à qui les entendrait, de représentaient autant de fictions i quer des faits clont plus d' maine de la folie, quelathéorie quU’a insnirée loíigtemps après faut donc p.s s'éto„„èrrue la T', '' mern des tous ait survéc^u à L ma.sonestj„siementsurprisqu’eller jusquaucommencementde rente trouve son expiication, que cette magie ne dinos jours. Ils imaginées pour explisans doute, était du do- un ne trailcaux possédés; pu se prolonger ce siècle. Cette anomalie je crois, si l’on appasonge que,

INTRODUCTION CRIME ET FOLIE í2 13 sommes point encore complétement soiTIs. Bien des gens montrent un ardent désir et révélé. L’observalion exiérieure de Tesprit dans toutes ses diverscs manifeslations et celle des conditions organiques de loulc aclion mentale furent rejetées. Or toute la naissance de Taction mentale s’acquérant ainsi par Tobservation inlérieure du moi, les hommes devaient naturellement se former, d’après leur expérience personnelle, des opinions qu'ils appliquaient ensuite à 1’état mental des fous. Comme ils se sentaient la conscience du bien et du mal et la puissance do vouloir Cairo le bien et ne pas faire le mal ils ne mirenl pas en doute que le fou n’eüt lui aussi une conscience également nette, une volonlé également puissante, et ne püt, s’il voulait, maitriser le désordre de : pensées et de ses aclions. Le cachot, la chaine, le fouet et les aulres modes de chútiment demeurèrent, en consequence, dusage constant comme moyens de coercition. Par suite on vit alors des scènes de folie dont on aura plus désormais le speclacle, « car elles n’étaient pas simplcment le produit de la maladie 1™ “ "“«vais traitements. . SoU donc ous l.„nuencede la notion Ihéologique faisântde la fohe l oeuvre deSalan, soit par 1'effetdes vues erronées da la speculation mélaphysique, 11 arriva que la barbaria p é alut et qu elleétait encore mélhodiquement praliquée de mé„o.re de lagénération presente Cela es" tril t tl’, ^ "“‘“i-d des alleclions ntales et au mede de trailement qui leur convient d’erreurs et des soullrances influiet' raaladieetqu’e,MmmeTutKl’e"TT“^'‘“® ‘afolieest une étre soulagée ou guérie par des soins errcnée et d'une -^taphy^;;e"el;S',leu“'Nlfntn s’elTorcent énergiquement d’interdire à la recherche physique les fonctions supérieures de l’esprit et parliculièrement le prétendu moral et la volonlé; et c’est encore la vieille lendance métaphysique qui détermine. dans les affaires oü la folie est alléguée et la responsabilité mise en quesUon, le crilérium consacré et suivi par les Iribunaux. Pour peu qu*un fou soit supposé connailre qu’il fait mal ou qu’il agit contrairement à la loi en s’abandonnant à un acte de violence il est tenu pournon moins responsable queThommede bon sens. Les conclusions auxquelles conduit Tobservalion du moi mtime dans un esprit sain sont rigoureusement appliquées aux phénomènes d’un esprit malade. Aulant vaudrait solennellement décreter que le désordre et la violence des convulsions ne se doivent pas mesurer autrement que rordre et la méthode des mouvements volontaires ct aue tout mdividupris de convulsions et ayanl conscience de bon état qui dépasse la mesure doit ôtre puni comme cnminel. L’infortuné patient, ou quelqu’un pour lui, rait objecter, il est vrai, en toute innocence, que la nature môme des convulsions exclut l’idée d’un contròle efricace de la volonlé; mais le métaphysicien fort de ce qu’il a vu en dedans de lui-même lui répliquera : il est certain d'a1 bomme a le pouvoir de contrôler ouvements; vos mouvements convulsifs sont prcuve patente aux yeux de tous que vous n avez pas exerce ce pouvoir; dono vos convulsions sont un crhnè et ifiàuTme pathologique est scienfiquement exact, et plus dune fois la justesse en a élé prouveedunemamèrerrappanteetterrible par lesconséen e"|íeT 1' est cerlain. inc!;. í “PP'‘“““" '><= ■'ègle, bien des inPeèr n’av„irn "emicides non pas voiüii mais pour n’avoir pas pu exercer consens ses n mais celui de pourune

INTRODUCTION 15 CRIME ET FOLIE 14 folie est due parfois à des causes morales et, d'autre part, cède parfois à un traitement purement moral, s’accordent fort bien avec Ia théorie d’un trouble matériel. Au contraire les arguments qui recommandent la théorie matérialiste conlredisent absolument Thypothèse spiritualiste, laquelle a de plus le désavantage d’ètre en dehors des conceptions accessibles ü 1’humaine raison. L'assertion que la folie est quelquefois produite par des 'jauses morales est sans doute admissible; mais il suffit d'y répondre : premièrement, que l’excitalion excessive ou longtemps prolongée d’un organe quelconque y de termine généralement une altération physique et sur leurs ades un contròle efficace, ont été ou sont encore de temps en temps exécutés comme criminels purs et simples. Si eíTroyable et si exagérée que puisse parailre celte asserlion, je crois qu’il n'y a pas, dans ce pays ou dans tout autre pays civilisé, un seul médecin ayant la pratique et rexpérience des fous, qui hésilât à la certifier. Nul aujourd’hui parmi ceux qui s’occupent du Iraitemenl des aHections mentales, ne met en doute qu’il s’agisse de combattre le trouble fondionnel d’un organe du corps,ducerveau.Quelleopinionquel’onprofessetouchant la nature essentíelle de 1’esprit et touchant son indépcndance de la matière, il est unanimement admis que les manifestations de Tesprit se font par le systòme et sont affectées par la condition des parties de ce systême y conlribuant. Si ces parties sont en santé les maEestalions sont elles-mèmes saines; si les organes sont malades, les manifestations sont maladives. L’insanitc est en fait un dérangement du cerveau produisant un derangement de l’esprit ou, pour en définir la nature avec plus de détail, c’est un trouble des rébraux que. en cela, ie cerveau subit simplement la loi comniune à tout Torganisme; secondement, qu’il est possible de produire, expériinentalement et par des causes purement physiques, un dérangement mental exactement semblable a celui que produisent les causes morales. De nambreux faits autorisent la sei nerveux -- Science mentale induetive àposer comme généralisation qu*un état de conscience peut etre modifié expérimentalement, par les agents qui modifient la constilution moléculaire des parties du système ^ei veux servant aux manifestations de la conscience. Qu’on voie, par exemple, comment le hachich ou l opium modifie à un degré remarquable les concepüons re atives à 1 espace, au temps, etc. II n’est pas moins aci e e clélruire le second argument en faveur de Timmatenahté de 1’esprit aliénô, qu'on fonde sur finíluence positivement curalive du traitement moMux ont sui- le tou un effet saluluire en renclant au epos des part.es qui avaient besoin de repôs eten stimulant 1 act.vité des parties qui avaient besoin d’aclivité ● ils ““ senüment malades i sai," " “ et >e senliment centres nerveux céorganes spéciaux de Tesprit, produisant un désordre de Fintelligence, du sentiment ou de 1’action, soit ensemble soit séparêrnem, à un degré et d’une espcce suffisants pour rendre 1’individu incapable des relalions ordinaires de la vie L de la poriion sidérée comme irrémissiblement condamnée désormais jusque dans son expression la plus moderre Les menls qu on a allégués en sa faveur, 1 moral: les moyens r arguc est-à-dire que la ex,,rinilnl la^sommr.o.aKes’’foncíío ' appelons ímeHigcner, senliment « volônif - espr.t . on emend „n désordre quelíoòqutdé un terme général cerveau que nous Por ces fonctions. but du médecin, dans le traitement de la folie, c’est désordre de i

10 CIUME ET FOLIE INTRODUCTIOiN 17 de fãire agir, directemerit ou indirectement, les dont il dispose sur les éléments moyens , R6rveuxendésordre. Or, en s etudiant à alteindre ce but, il apprend vite combien 5011 nombreux les organes et les fonctions somatiques rfuels il a réellement à faire. Quand fonction d« porte, de reconnaitre riníluence de ceríains organes particuliers sur la constitulioii et la fonction de Tesprit. II est des cas pathologiques oii le trouble dune fonction a fourni desrenseignementsquon n’eút jamais obtenus par la seule observation de Taction calme et régulière de Torganisme en santé; et l’on peut dire aujourd’hui en toute assurance que, s’il est possible d’étudier Tesprit par la méthode psychologique de Tobservation du moi, on n’arrivera point par celte méthode seule à le bien connaitre. bans Tavenir comme dans le passé, cette méthode exclu sive et insuffisante nenfantera qu’erreur, confusion et contradiclioii. La notion de 1’esprit admise par la théoiogieetpar la métaphysique aussi bien que risolement oü Tune et 1’autre se tiennent des autres Sciences sont cause qu’on a négligé les phénomènes du dérangement mental. Jusqu’en ces derniers temps la philosophie de Tesprit ne s’en occupait pas plus que les gens chargés de soigner les fous ne s’occupaient de ces malheureux. Les métaphysiciens ne serablent pas s elre jamais avisés que ces phénomènes pussent être de quelque signification, et dailleurs, en ce cas même, leur méthode exclusive se fdt trouvée singulièrement impropre à 1’observation des faits de cet ordre. aux011 définit Tesprit une verveau, il ne faut pas, en effet, se méprendre et supposer par là que le cerveau soit le seul organe intéresse dans Ia fonction de 1’esprit. II n’est pas dans le ■ corps un seul organe qui ne soit en reiation intime avec le cerveau au moyen de ses fils de veuse; qui ne soit, pour ainsi dire, spéciale avec lui communication ncrcorrespondance au moyen de fibres intermédiaires * et ent.plus ou moins specialement, la fonction du cerveau en tant qu organe de 1’esprit. Ce n’est pas assez de rappeler que les palpitalions du ^ toTèn^endrelrt désordres du bonneslâfson" de "r^"' ^ ' constilulion et la fonction de r ® pi-e, une influence snérin mfluence prominer scientiflquement parce q"u°eUe‘”‘’“''*‘" " vie mentale ^ ® ® exerce sur cette penséesetdetous leHenr^* cience Sí j-nn ^ sentiments dont cience. Si 1 on pouvait changer le ●^■nieuredanslapoitrinele lacirculation il n’en en cceur peuvent causer de C’est done tout récemment, depuis qu’on a reconnu la nature de la folie et qu’on traite les fous comrae des malades, que des tentatives syslématiques ont été faites utiliser les matériaux nous avons conscoeur d’un homme et , cceur d’un autre individin serait TJ Z probablement pas, mais physiologique est « caractère. La sympathie «ées dans la compos\ta "T physiologique de l’esnrit il t comme une fonction de w de Tenvisager brassanttoute la vie du c ^ ^°*'Samsme, comme emauíres résuUats ^cehlí maladive a eu, entre ’ "^°^trer clairement qu’íl impour précieux fournis par leur histoire et pour les employer à la construclion d’ , , . . one Science meii ● tale positive. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui on peut poser comme axiome incontestabie que 1'emploi de la méthode physiologique est la condition essentielle . pour arriver à là connaissance scientifique de lesprit, á une notion exacte ae la nature de ses désordres et k un traitement sür de ses maladies. Tout ce qui précède était nécessaire pour déblayer le ilACDSLEY, 2

INTllOnUCTlON csssilé préexistante. Iln’yapasd’éducationaumonde qui . puisse faire porler des raisins à un prunier ou des figues à un chardon; de même aucun êlre morlel ne peut aller au delà de sa nature et il sera toujours impossible de construire avec quelque stabilité une intelligence ou un caractère sur les fondalions d’une nature mauvaise. L’éducalion nc peut évidemment agir, d’une part, que dans les conditions imposées par Tespece ; d’autre part, que dans les condilions imposées par 1’organisaüon individuelle. Quanl au premier point, elle peut seulement déterminer qui cst prédclenniné dans Torganisation du syslème nerveux el dans le mécanisme du corps en relalion avec ce systême; elle ne peut pas faire qu’un liomme vole coinme un oiseau, ail la vueaussi perçante que 1 aigle, ou coure aussi légèrement qu une antilope. Quant au second point elle ne peut encore que rendre eíTectives les virtualilés de la nature huinaine; elle ne peut pas faire de tout individu venant au monde un Socrate ou un Shakespeare. Lorsque Taslrologue croyail pouvoir prédire le sorl d’un morlel en observanl 1’éloile qui se trouvait à Tascendant au niomcnt de sa naissance, il ne laissait pas que d’y avoir en fait un ccrlain fondement dans ses spéculations, bien que le fait ne fCit point cclul qu’il imaginait. L’aslrologue voyail bien que toute vie huinaine a sa destinée, mais il luí manquait de voir que celte destinée est faite par les ancétres et se reçoit par hérilage. 11 n’est au pou voir ni du microscopo ni üc la chimie ni d’aucune Science à nolro usago, de nous laiie distingucr roctif humain de Iceuf d’un quadrúpede; il est pourUmt bien cerlain que la nature du premier doit à i'hérédilé quelque chose par quoi se développc, dans les condilions voulues, la forme humaine, elque Faulre a de même hérilé quelque chose par quoi se développe, dans ics circonslances ®ables, la forme d'un quadrupèdc. iO 18 CRIME ET FOLIE terrain et bien déterminer le point de vue oü je me place, dans les pages suivantes; mais j’ai encore quelque choso à dire avant d’aborder les queslions spéciales qui font 1 objet de ce livre. A la diíTerence des animaux inférieurs, Thomme en naissant n est pas capable de mettre immédiatement et p einement en jeu ses fonctions mentales; au contraire, une ongue et patiente éducation est nécessaire potir développer les facultés dont il est doué. Cette éducation, c ose est à noter, n’est, en ce qui concerne le physique, que le développement graduei des centres vent à 1’esprit et à de s’exercer la CG nerveux qui ser* ses manifestations. Ce n’est qu’à force que Thomme apprend marcher et à parler; e , quant à penser justement, la chose est si difficile que len es gens arrivenl à la tombe sans en avoir jamais été la parUe blessure ou une maladie a détruit par le préside à 1’expression des idécs lenlement connue sa nrnnro lo., ●, ohligé de réapprendre sait pas encore parler ' Wiome élranger; il lui faut hah'i apprenant un oerveau . eiuíer le nna“" gée n’esl plus capable. ^ Portion endommaL’éducation que, senrcOTlSlTm?-”*'''’'’'’®™®”' sonne est élevée doií nvni.. ’ dont une per- !)auouissemeni do son int ir S^ande iníluence sur Téearacière. Ge qu'elie sera^ et la formation de rnent déterminé par ce qu’on rfau'^ ^«cessairepleme activiié les ^ que soit le 1'homme son antitnri^ , ‘‘í^ener â leur pouvoir de Péduca^ qu’une force rigoureusemAm r ’ cependant la capacité inhérente h la est limitée par agir que dans le cercle ^'individu et ne peut e plus ou moins resserré d’une néconve-

INTRODUCTION 21 CRIME ET FOLIE 20 quatrième génération. Non pas que le défaut du père doive nécessairement reparaitre chez Venfant sous la même forme ou sous une forme quelconque rcconnaissable : il peut se transformer à la seconde généralion ou demeurer tout à fait lalent et se montrer seulement sous une forme quelconque à la Iroisième ou ;i la quatrième; mais, enlralné dans le courant de la filialion,il circule dans toule la descendance du premier ancôtre, tantôt apparaissant ü la surface, tantOt cachê dans les profondeurs, jusqu’â ce que de deux choses Tune : ou bien il soit annulé par les bienfaisantes iníluences d’heureux croisements, ou bien il arrive à un développement pathologiquo qui détermine le déclin et Textinction de la farnille. Non-seulement Voeuf huinain Irouve dans sa nature ceUe deslinée spécifique, mais, dans chaque oeuf en particulier, rbérédité individuelle prépare la deslinée propre de rindividu. Les hommes se ressemblenl beaucoup, mais chaque individu diffère à quelque égard de tous les autres individus exislant actuellement, ou mème — on peut le supposer en toute confiance — ayanl jamais existé ou devunt jamais exisler. El ce n’est point là une dilTêrence due ò. Véducalion ou aux circonslances, mais une différence fondamentale, une difTérence de nature que ni Véducation ni les circonslances ne peuvent exlirper Placez dês la naissance deux personnes dans des conditions identiques, soumettez-les à la mème éducalion et, h la fin elles n’auront pas plus Tesprit exaclement fait * même moule ou de la même capacite qu’elles n’auront les mèmes Iraits et le même visage. Chacune d’elles est sous 1’empire de laloi d’évolution; sous Tempire des antécédenls dont elle est le pas plus devenir celle-là Célait un proverbe en israei que, lorsque les pères ont mangé des raisins verts, les dents des enfants sont agacées; et Ton ne s’y étonnait point que ceux dont les pères avaient lapidé les prophètes dussent rejeter Celui qui avait été envoyé parmi eux: ceux qui ont lapidé les prophètes. » Uinslitulion des castes chez les Hindous parait avoir eu pour origine Ia connaissance du rôle considérable de l’héréditê et de r.__, mfluence dans le développement de l’homme. CeUe fatahlé mexorable et terrible qui, dans la tragédie grecque. / uent une si grande place ct si élevée, et contre laquelle es éros grecs lullaient virilement tout en se sachant d avance inévitablement lail-ce, sinon un sur le conséquent. Celle-ci ne peut qu un chêne ne pourrait devenir un orme quand même les germes de tous deux uuraient soleil et arroses par les mêines pluies. Chacun d’eux déploierait des nuances qui, par reíTet íIp In -i <■ relle, aboutiraient Qnalement i d» distinctes. II y a pour l'horrÍe cètres lui ont faite, et nul, füt-il peut echapper à la tyrannie de Geuepuissance deVhérédiié naturel de tout individu évidenle Vous êtes les enfants de son une deslinée que ses an- - capable de le lenter, ne son organisation. dans la détermination du ne nanitm . 1‘aura rendue bien âe loul temps reconnur Salomon proclamait, comm! distinctement. rhomme de bien i^ii* ^ niérite spéciul, quo peiesretombera sur les enfants marquês pour ladéfaile, qu’écorps donné pour ainsi dire à ce senliment profond que notre être acluel dépend inévitablement de tout ce qui a précédé dans le passél . Ben,s le sort qui fa tait naitre à Athènes. dit 1’auteur e la Religio MecUci, mais entre tam de bienfaits dont tu do.s remercier les Dieux, lève une main au ciei et ceTuí h^nêtes et de q e la roodestie, 1-humilité et la véracité ont été enferaux enfants de ses est dit que rinitiuitó des en la Iroisième et eu la

■I INTRODUCTION 23 22 CRIME ET FOLIE porlion de la responsabilité morale positive du délinquant. Le législateur n a pas à s’inquiéter des individus; il doit aécessairernent présuiner pour ce qui est du discernenient du bien et du mal un type uniforme de capacité menlale, et pour ce qui est de la résistance aux impulsions illégitiraes, un type uniforme de force morale; il n’y a d’exception que pour les enfants en bas ilge et les personnes non saines d’esprit. II n’est pas douteux cependant que cette présomption n’est pas rigoureusement d’accord avec les faits, et que, en réalité, beaucoup de gens, sans èlre posilivement imbéciles ou fous, sont néanmoins en ce qui concerne la responsabilité morale, au-dessous de la moyenne de Thumanité. Ceux-là ont reou les mêmes mées dans le même ceuf et sont venues au monde avec toi. G’est pour cela que tu peux trouver la félicité dans u : vertu precoce et inarclier de bonne heure et longtemps danslaroute du bien; c’est pour cela que tu peux plus facilement sentir que le vice est contraire l résister souvent au mal ne - à la natnre et parla seule force de ton tempérament. » En voyaní l’intelligence et le soin apportés par 1 homme a la sélection et à l’appareillement des clievaux, des boeufs et des cbiens, on s etonne de Tinsouciance oü il est a cet égard pour sa propre espèce. II découvre ment que, chez les animaux, les qualités bonnes vaises passent d’une génération à 1’autre hérédilaire, et il agit habitueltement lois ne lui étaient tionnement de la claireou maupar transmission commesi les mêmes pas applicables; comme si le perfecrace humaine pouvait être chose de nnp accdent; conune si la destinée du crirainel ou du fou etait determinee, non par raction de lois naturpllp= par «ne dispensaiion spéciale d’origine 1™^!. ‘ Ue etre accessible à nos recherches. ^uand dono apprendra-t-il qu’il n’est 1p mí i seule vertu du?eu d:s .1’^ ie caractóre héréditair horef^rtoutL'::;': ™ mente. La loi est faite supposition que toute rement fixé leurs de enseignements que tout le monde, ils en ont la connaissance théorique parfaite, mais ils ne se les sont pas assimilés. Les príncipes qu’on leur a inculqués n'ont jamais eu sur leur esprit cette prise solide qu’ils ont sur les natures saines et bien constituées. Quoi qu’on puisse dire, d’un individu en effet, la nature ne peut s’assimiler, c’est-à-dire idenlifier à son espece propre, que ce qui est apte u compléter son e\e oppement particulier; et, ce complément, une affini e inherente le lui fera trouver au milieu des condilions üiverses de pour l’homme son existence. A la fm du chapiíre de la vie sf-ri^T Pensera, agira suivant son espèce. Le sceieiat nest pas scélérat par un choix délibéré des avantages de la scélératesse aui es sur ^ . ‘im ne sont que dunerie ou pour les jomssances de la scélératesse qui ne som quembuches; mais par une incUnation de sLature faisant que le mal lui est un bien et le bien qu’il cède à 1’attrait du plaisir actuel ou de la cerlitude dun châtiment ture, est souvent la - naiurelle pour le mal ^’une faiblesse de la conresponsabilité serieuse considération qu’e!le nerlnnr.?'' cette comme 1’àge de disc arbitraisa raison, esrmn n iouissant dailobéir. Lors donc que laioi ^ ia^ oonnaitre et d'y en proportion de la nature dj déUt’ > 6t non pas en proun mal. Le fait en dépit des chances ou d’une souffrance fupreuve non-seulement dune affinité - mais d’un défaut d’intelligence et volonté, Les directeurs de prison les

INTRODUCTÍON 25 crimií; et folie 24 On ne manquerapas de dire que, si le ciime devait être considéré comme le fruit de la folie, toute punition du criminel serait injuste et qu’il faudrait alors avoir pitié du rnisérable et le traiter avec bienveillance. Mais, en réalité, est-ce que Fon ne punit pas la folie, si peu qu’òn veuille lè faire? Les mesures que la nécessité contraint de prendre dans 1‘intérêt même du fou et pour !a sécurité publique constituent une véritable peine. G’est lui inlliger peine ou. tout au moins, ce qu'en général il considere comme une cruelle souffrance, que de le priver de sa li berte, de le confiner dans un asile et de Fassujétir k Ia discipline de ce genre d’établissement. D’ailleurs, il n’est pas douteux que le meilleur traitement c’est le travail lorsque le fou est capable de travailler; blement, le nombre des plus réservés et lesplus expérimenlés sont amenés tôt ou tard à se convaincre qu’il n’y a aucun espoir de réformer les criminels d’habitude. « Les tristes réalités quej’ai observées, dit M. Chesterton, me contraignent à dire que les Oieuf dixièmes au moins des inalfaiteurs d’habitude n’ont nile désirniFinlenlion derenoncer à leur genre de vie. Ils aiment les vices auxquels ils se sont adonnés « Dieu! quec’estdoncbon devoler! quand encore j'aurais « des millions je voudrais tout de aròme être voleur » ai-je entendu dire à un jeune coquin L » Plalon pensait que le méchant doit sa méchanceté à son organisation et k Féducation; en sorte « O une que ses parents et ses maitres étaient seuls k blâmer. Dautres philosophes éminents, parmi lesquels Hippocrate, > qu’il n’est pas un vice qui ne soit le fruit de la « L’homme ne pèche point mais il est possédé à et, vraisembla guérisons dans les asiles serait bien plus grand si le travail y pouvait devenir la règle et SI Fon pouvait y astreindre davantage les patients.il e<ít assez probable que Fancienne méthode de traitement dure et mhumaine, reussissait ã ramenei- à la raison un petit rombrc dmdividus dont le régime tnodorne beauooup ÍTJ ne parvient pas à stimuler l’esprlt suffisam- “ '‘■énergiques retours sur des cat P Pf^mière de la guérison dans bien timino; “yant compassion dn d’élat de 1 nécessaire de le mettre hors oommettre de nouveaux méfaits, car la société a evdemment le droit d’avoir cette exigence ■ manquer de bienveillance, la véritable et pour les autres serait encore de lui imposer l’espèce si faire se L m “ "r ® Pénible dans a mesure de ses forces. Si bon est convaincu que notre . s e„.e penuentiaire est le meilleur qui se pulse tal PeuL et réformer le criminel re certam que o’est aussi le meilleur traitement ont soutenu - folie, un degré quelconque; voilà la bonne théologie, dit le savant Pt saubon 2. De nos jours une tclle doctrine serait condanmpp comme mettant la société en péril et comme écartaT 1 homme dépravé la crainte salutaire des pénales de ses actions; crainte dont Feffet est de le ria tourner du mal et de le déterminer d agir suivant la loi et suivan le bien. Cependant, á aller au fond des choses peut-etre trouverait-on que, en définitive, la différencó est pente entre conüamner le criminel avec colère et le dans ce qtfon 'a^neUe^ eequestrer, de la même manière, changement ne ferait „“ml Lf commisdansTanL"^ 2. Chesterton. comme beaucmví!®®st-à-dire un effetdu rationdivine ou une possessionémn^^ trompés. une inspidocteur en théologie. demomaque par Méric Casaubon, de conséquences et sans charilé pour lui bre des crimes on

INTRODUCTION 27 26 CRIME ET FOLIE toire personnelle des criminels et sur celle de leurs familles sont peu nombreuses etimparfaites; elles suffisent toutefois pour inspirer de sérieuses réflexions. Un fait que ces enquêtes ont mis fortement en relief c’est que le crime est souvent héréditaire; c’est que tout comme rhérédité frappe pour ainsi dire les traits corporels et le caractère de riiomme au moule de ses pour celte sorte de folie dont souíTrent les criminels. La cramte des fâcheuses conséquences pratiques que la société en pourrait ressentir ne doit dono pas nous empecher de regarder ces misérables comme les inforlunees victimes d’une organisation vicieuse et d’une mauvaise éducation. En effet, de nos jours, ü semblerait juste de dépouiller ce sentiment vindicatif de retaliation parents, de méme elie lui imprime leurs mauvaises passionset leurs fâcheuses tendances. Du vrai voleur, parodiant ce qu’on dit du vrai poete, on peut répéler qu’il nait, quil ne devient voleur. G’est du reste ce que l’observation des phénomenes de Thérédité devait faire prévoir. En vain tains lheologiens, très-disposés à faire cadrer à toute force 1’ordre de la nature avec ce que cet ordre devrait etre d’après leurs notions, - qui met simplement Thérédité dun sens immoral a la place de rhérédité d’un sens moral; il fmira par leur etre impossible, sur ce point comme sur tant d’autres d discuter contre les faits. Par surcroit d’infortune beaucoup de criminels sont non-seulement conçus, nourris dans le cri áès 1’enfance; si bien originaire acquiert eíTorts subséquents inefficaces. qui pourrait bien se trouver au fond de toute pénalité légale, et de renoncer aux mesures de répression qu’il a inspirêes. La société ayant fabriqué ses crimi nels n’a guère le droit, cela même importât-il I salut, de les traiter pas a son ven- avec un esprit de colère et de cergeance. C’est pour ainsi parler d’hier seulement qu’on s’est mis en quête de savoir comment se font les criminels TI d’eux, en s ■ repousseront une doctrine enétait lunatiques. qu iis étaient dépravés grande partie, comme autrefois des Lorsqu’on avait dit de ceux-là de ceux-ci qu’ils étaient fous nn autre explication inutiíe et tout ^ ^ II est pourtant certain que lu^aünuTsT arlicles fabriqués tout aussi bien que peur et les presses à indiennes; seuleraem les'“' " dela fabncation organique sonttrop complique nous pmssions les suivre. II nV ^ danomalies dansluni et engendrés, crime, mais ils y sont instruits que, chez eux, l’instinct criminel une puissance contre laquelle tous les pour les ramener au bien demeurent procédés s pour que point d’accidents ni ".em de dLm-Hr prdcisén’est fortuit, rien n’esi ‘ =‘ction. Rien bien ou dan^ l-impulst„ '™PulBÍon Produit de rhérédité et dTl“f ’ peut pas plus se contenter d*l Science ne “iledà á la grâce du ciei LeL 5“i ««ribue quelle ne peut se contenter rl ™e'>ce du démon par la possession diabolinue ^ ' “Pbcation de la folie Les investigaiions a existe^une^H ®i“dié les criminels savent qu’il existe une classe d.slinote d-êtres voués au mal dor/a borde se rassemble dans nos grandes villes a ’ es voleurs, se livrant à rintempéranct debauche, sans souci des liens du une vanete dégeneree ou morbidp Uo ● -ne. marquée par des caraclérestrtlrX^^^^^^^ aux rixes, à la mariage ou des au empèune auxquelles on a procédé surUhis-

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