ESSAIS SUR LE üülillltim POPIMIRl KK VlfNTK Oho^ Eri»oi&t TUOmrv, õclilour. PAI\ SIR HENRI SUMNER MAINE OnANO-MAITRE DU COLLÈQB DE TfUSITV-HALL (uSIVEnSlTÊ DE CAMOniDDE) MEMBIIE IIE LA flOClÉTé ROYALE DE LONDRES AflSOCU: ÈTRANQF.H DE L'iNSTITUT DE FRANCE BIBLIOTHÉQCE DE LílISTOIRE DU DROIT ET DES INSTITUTIONS Tome I : t nar Sir H^”*-**^ dbs instztütiors par Sir Henri Sumner Maine. M. Jos. Durieu de Leyritz, , M. H. d’ArboU de Jiibainville I beau vol. in-s». Tomo H :t Traduit dc Tanglais avocat, el précédé d‘une iotrodíictiOD paf - . professeur au Collège dc France. 1880préface, avcc une TRADUIT AVEC L’AUTORISATION DE L’AUTEUR 10 par Sir Henri cobtdmb (Uni,ersilédcCaml,rid™) cié étranger de 1*in i t^. ’i Sociélé royale de Londres, assO- «0» de l’auteur. m4 1 '''' fUlCTRÊME-ORlEtri^ MtDORB RBLIQIBDBES ET SOQIAIES VB provinces du Nord-OueJl ’ Heutenanl-gouvemeur 1'auteur. 1885. i vol in a» de l’anglais avec l’aiilorisatioü d 10 des IS PARIS ERNEST TIIORIN, ÉDITEUR LtDnAinB nu collèob de prancb DBS ÉCOLBS FllANt;AlSES D’ATHèNB8 ET DB HOME 7, RUE DE MÉDICI8, 7 DB l'ÉCOLB NOnMALB SUPÉRIBURB TOULOUSE. — '»n>. A. 1887 CIUUVIN ET FILS, RUE DES SALENQITES, 28.
1 )q/ii/0^ M I SÍV PfiÉFACB DU TRADUGTEDR Le nouveau livre de Sir Henry Maine vient d’obtenir en Angleterre un succès marqué par Tdpuisement rapide des premières édilions, et ratifié bienlôt par les éloges de la presse indépendante. En ce moment de trouble, oü les fluctuations ordinaires de la vie publique prennent Tapparence d’osciIlatioES exceptionnelles, oü le mouvement naturel des sociétés donne comme rillusion de récroulement du vieux monde et de la formation d’un monde nouveau, chacun s’empresse de chercher près des esprits réfléchis la confirmation de ses craintes ou de ses espérances. A cette curiosité bien légitime s’ajoute d’ailleurs le secret espoir de trouver dans leur réponse les éléments de Solutions pratiques qui finiront par s’imposer à la longue. Le vulgaire, —etnombre degens instruits sont« peuple » sur ce point, — dédaigne Tceuvre dos philosopbes parce qu’il n’en sait pas calcu1.
PRÉFACE DD TRADUCTBüR. II PRÉFACE DD TRADDCTEDR. III ler la portée. Mais, si Taction des penseura ne s exerce directement que sur un cercle assez restreiatj leur influence pénètre assurémeut fort delà des classes d’élite qui les viennent coasulter. « II se peut, » dit Ia Revue Eãimbourg^ à propos meme du présent vohirae, « qu’au milieu du tapage des partis qui s’arrachent le livre écrit dans ua sans la moiadre auaace de traducteur. Les diíQcultes de la politique ont pris un caractère universel. Les mêmes besoins réclament partout aujourd’hui les mámes conseils. L'auteur emprunte nécessairement beaucoup à Lhistoire et aux institutions de soa pays, dont la situation a est pas sans lui causer de vives inquiétudes. Mais si 1’Angleterre éprouve, à Pheure actuelle, des crises d’Line nature et d’iine intensité particulières, ce au pouvoir, ua esprit de philosophie pure^ ne sont que les symptômes locaux d un état maladif qui frappe íous les peiiples. Qu ü s’agissè de Tlrlandais nationaliste ^ du crofter écossais, ou du radical2i\\g\a,is, les prétentions outrées s appuient sur des doctrines utopiq proches parentes de celles qui menacent partout ailleurs Tequilibre des sociétés. Et ce serait une dangereuse erreur que de se retranclier dans une indifférence égoiste, en se flattant d’échapper à leur contre-coup. II n’est pas une page de ce vo lume qui soit vraiment étrangère à nos préoccupations. Nous sommes, en France, depuis trop longtemps « envahis » (1) par les problèmes démocratipassion, produise moins d effet immédiat que les harangues intemperantes des politicions j il peut se passer longtemps avant que des spéculations aussi calmes et aussi profondes, meme exprímées dans un langage d’une simplicité et d’uue élégance quables, pénètrent les masses auxquelles elles s’adressent avant tout. Mais les vérités philosophiques tirées de l’expérience, et müries par Ja réflexion, gouvernent le monde, encore qu’elles filtrent trôs lentement à travers les couches de la société. Un livre ues, remarcomme celui de Sir Henry Maino possède une force germinative qui modiíiera peu à peu 1’opinion de milliers de gens destinés à subir ques pour n’avoir pas un égal intérát à les étudier sous toutes leurs faces et à réfléchir sur les affaires d’autrui, comme sur les nôtres, sous Ia direction d’un guideautorisé.Etpeut-être estimera-t-on qu’il nous aura rendu un assez notable Service s’il son influence sans en connaitre jamais la source (1). » II seraittrèsàsouhaiterquecette influence s-’e'tendit hors du domaine de la langue anglaise, et c'est à quoi nous avons voulu contribuer pour notre part de (1) Voir les articles de M. Schérer sur le présent ouvrage , dans le Temps des 15 et 16 septembre 1886. (1) Revue d’Edmbourg, janvier 1886, p. 266.
PRÉPACB Dü THADITCTBUR. V rifier combien elle est de vortu fragile et d’emportement faciíe, baisse sensiblement. Elle se voit contrainte de passer, à son humilialion grande, sous le nzveau commun de l’observation scientifique. On rétudie avec Ia méme impassibilité que le plus ordinaire des phénomènes; et cette impassibilité lui est une insupportable impertinence. On la juge sans plus d'indulgence qu’elle n’en apporte à juger les régimes d’autrefois; et la justice qu^on lui rend hii semble une iniquité. On mesure sa stabilité à sa sagesse; et le doute de son avenir illimité, quoi qu’elle fasse, lui semble une folie. — A cet égard, le livre de Sir Henry Maine devait naturellement soulever des critiques oü Tamourpropre froissé eút péut-être plus de part que la calme raison. Elles ne lui ont pas fait défaut. II en est d’oiseuses; il en est de bizarres; il en est d‘amusantesi Diais ü n’en est guôre, méme de sérieuses, qui ne soient' Teffet d’un malentendu. Quand on possède la clé d’un livre pour en étre Tauteur, ou pour avoir vécu longtemps en intime communion avec les idées qu’il propage, on demeure stupéfait de la déformation de ces idées après qu'elles ont subi la réfraction des milieux criti ques. Le fait n’en est que plus sensible quand il s’agit des théories politiques ou religieuses auxquelles chacun attache une sorte d’intérét personnel, Tel qui sait admirablement liro entre les lignes d’une oeuvre purement littéraire, qui saisit PRÉFACB Dü TRADUCTEÜR. IV parvient seulement ànous inspirerquelquescepticisme sur ropportunité des expériences continues auxquelles nous nous livrons. Cependant, un livre de ce genre, malgré Télévation de ses vues, ne pouvait manquer de froisser au passage bien des susceptibilités. La démocratie triomphante devient singulièrement chatouilleuse. Volontiers, elle ressusciterait autour d’elle la vieille étiquette espagnole qui défendaít de toucber àla Reine. Elle constate, avec dépit, que, dans les livres qui la concernent, il se manifeste un changement qui ne tourne pas exclusivement à louange. Jusqu’à cesdernierstemps, il semblaitque rien ne dút entraver sa marche victorieuse. Elle avait des prophètes pour annoncer sa venue, des historiographes pour enregistrer ses titres généalogiques et lui assurer Ia préséauce sur les plus anciennes dynasties de TEurope, des adulateurs de toute nuance intellectuelle pour lui former cortège; elle ralliait méme les moralistes soucieux de Ia préparer à son rôle en prévision de son avônement. Mais, dans leur vice, et jusque dans Texpressiou des regrets témoignaient certains d’entre d antan, perçait comme sa empressement à son serque eux pour les choses un nouvel hommage Taveu de sa supériorité déflnitive. Les rares dissidenoes passaient inaperçues— Aujourd'hui. son prestige dimmue à proportion qu'elle gag„e en ascendant. Le respect qu on lui portait, u-vant d’avoir pu vé-
vn PRéPACB Dü TBADDCTEDR. PnÉFAOB DU TBADUCTEOn. VI fait équivalent, d’ « arbitraire. » D’autres enflndéplorent Tempire des politiciens, et s’associeraient cordialement aux mesures que 1’on oserait prendre pour mettre un terme à leur exploitation de 1 ingénuité électorale. Mais si nous vòulons rdunir ces traits épars, si noas essayons de les coordondresser le bilan de la démocratie, et à demi-motles ironies discrètes d’un dialogue scénique, devient incapable de comprendre, en toute simplicité d’esprit, le sens d’un travail philosophique qui heurte ses préjugés sociaux. Par bonheur, dans ce clan bataUleur de la chacun se place à son critique , oü propre point de vue, , cune entente n'existe, - si bien que les arguments se contredisent, se réfutent, ; aitie moindrement à intervenir, ses adversaires lui rendent plus de ne lui portent de auner pour pour tenter une esquisse de ce que devrait être la sociéíé contemporaíne organisée rationnellement, nous soulevons un concert de récriminatioiis, chez ceux-làmêtnes qui nous ont fournile plus enabondance les éléments de notre reconstruction, et qui sans que 1’auteur et qu^au total Services qu'ila coups. Ce n*est donc qu’à les prendre une à une les observations de Sir Henry Maine soient en oppositiOD Choquante aveo Tesprit du jour. Pas n'est besom de feuilleter pendant longtemps naux les ■ désolent de voir le résultat tourner à Tencontre de leur idole populairo (1). se les jour- (1) II est impossible de ne pas noter ici 1’appui que les faits méines auront bientôt préLó aux doctiúnes de l’auteur. Tandis qu’on lui reprocbait son manque de conüance dans rintclligencc progressivo du pcuple» les verriers du líainaut incendiaicnt une usine modòle pour se vonger des perfectionnements qu’cllc apportait à leur industrie; les mineurs de l’Aveyron assassinaient leur ingénieur, coupable d’avoir cherché à diminuer les charges de leurbudget, en introduisant cbez cux 1'babitude des sociétés de consommation coopóratives 5 et, plus récemmcnt, une émeute sanglante boulovei*sait les rues d’AinstcrdQm pour la dófense d’un jeu cruel dout aucun csprit civilisé ne pourraitsupporter le spectaclc. n’avons-nous pas à discutcr les prtitextos des autres troubles survenus en France, en Italie, en Angleterre ou en Améiique» et qui Ggurcront, dans 1’histoire économique,'au passif de Ia présentô année 1886. mieux accrédités de la démocratie biante, pour y recueillir des et parfois méme dépassent les teur. L"un n’hésite d’une hiérarcliie amaveux qui confirment, doctrines de 1’:. pas à reconnaitre la nécessité sociale et déclare que force nous une fois assagis accorde au- É sera d’y revenir, rience. Un autre brusques dans les de Thomme. Un absolues monde. par Texpéque les changements moeurs répugnent à la autre estime íi^ont pas d’applicaíion ... ^ chose ii faut quilestmdispensable d’armerle ce que l’on appelle aujourd’hui tionnaire » pour éviler le nature que les théories positive en Encore ce une mesure, et gouvernement de « poiivoir discré- ^om abhorré, mais toutà
PBÉPACB DU TRADÜCTEUn. ser le plaisir de les réfuter. Que si des objections nouvelles s’élèvent dans son esprit, nul doute qu’elles se dissipent pour la plupart après une seconde lecture. Sir Henry Maine n’a répondu qu’une seule fois à ses critiques , et cette réponse, que nous traduisons en appendice à la fin du présent volume, marque justement combien les divergences peuvent tenir à rinattention du lecteur; outre qu’en donnant, pour quelques-uns de ses aperçus, les preuves matdrielles qui 1’ont guidé vers ses conclusions, 1’auteur montre combien ses assertions sont solidement appuyées sur un fonds de connaissancG qui se dissimule dans roeuvre définitive. D’ailleurs, si l’on y veut regarder de près, on s’avise bientôt, ce nous semble, que ces méprises et malentendus proviennent d’un malentendu plus général sur Tobjet même du livre, et d’une singulière inaptitude à se placer aii point de vue de 1’auteur pour apprécier lajustesse de son coup d’oeil. C’est une conviction enracinée dans bien des esprits que tout nous pousse vers la démocratie. II en resulte que l’on n’aperçoit plus les forces contraíres, ouqu’onne leur attribue qu’uneaction minime,ampliíiéeseulementparl'imagiiiationgrossissante des partis. Et cependant elies existent par elles-mêmcs, d’autant plus énergiques et impitoyables que la volontd de Thomme n’a pas de prise sur elles. On connait de reste les forces qui nous IX PRÉPACE DU TRADUCTEÜR. VTII II est donc probablequ’en présentant à un nouveau public 1’ouvrage sous une noiivelle forme allons rdveiller quelques-unes des protestations futiles et prévues qui Tont accueilli dans son pays d origine. On croira, sans doute, devoir apprendre à 1’auteur que le gouvernemont démocratique est le seul qui convienne à une société égalitaire comme la nôtre. On Taccusera de uier lé progrès. On lui reprochera de , nous ne pas apporter un choix de Solutions défínitives pour les différents problèmes qu’il énumère. Enfin, ceux qui professent avec ferveur le dogme du jour, que la forme emporte le fond, et qu’il faut prendre les gouvernements sur 1’dtiquette, ne manqueront pas d’alléguer la stabilité de la Suisse républicaine depuis quatre cinq siècles, — comme si la Genève d'aujourd’hui n’était pas plus loln de celle de Calvin que de celle d^Adémar Fabri; comme si, dans le cours de notre siêcle. Ia Confédération ses émeutes et ses ou n’avait pas eu guerres civiles, aussi bien la ddmocratíe geante d’outre-Atlaiitique monarchies européennes houspilldes par une oppositionrageuse; comme s’il suíRsait, en définitive, d ignorer rhistoire de ia Suisse, pour avoir le droit de s^imaginer que la Suisse n’a pas d’histoire. omme toute, il n’y a pas à s’arréter, pour le moment, à ces objections de aux plus sérieuses. Le mi lecteur au livre qu’il que ou les nature diverse, même mieux est de renvoyer le sous les yeux et de lui lais- a
PAÉFACB DU TBADUCTBCR. II existe, de méme sorte, en dehors des lois éccmomiques, quantité de résistances sur lesquelles le démocrate ferme systématiquemont les yeux. L’auteur en a signalé plus d’une et s’est justement proposé, en prenant la plume, d’insister sur ces considérations trop négligées dans 1’étude de réquilibre so cial. Ce n’est donc pas sans étonnement qu’on Toit les critiques lui reprocher d’avoir choisi son sujet en debors des sentiers battus et de ne pas se joindre au cortège encombrant des enthousiastes et des résignés, alors qu’il a précisément écrit son livre pour démontrer qu’il avait d’excellentes raisons de n’en pas écrire un autre. « Si M. Maine, » dit un critique d’ordinaire mieux inspiré, « avait employé la première moitié de son livre à signaler tous les changements intellectuels et sociaux qui poussent les peuples vers la démocratie, il aurait fait oeuvre de philosophe. » D’oú il appert que l’on ne fait point oeuvre de philosophe en recherchant les tendances immuables de notre nature qui nous retiennent sur la pente de Textrême démagogie. Autant dire qu’on cesse d’être mathématicien quand on abandonne le calcul des quantités positives pour 1’étude des quantités négatives, — lesquelles n’ont pourtant rien de commun avec les imaginaires. II nous semble que Ton serait pleinement édifié sur ce fait si Ton daignait regarder quelques instants autour de soi avec un absolu détacbement XI PRÉFACB DU TRADDCTBUR. X poussent vers la démocratie. On sent d’instinct, par exemple, que lorsque le prolétaire, élevé par la générosité de la Constitution à la dignité de suffragant universel, aura puisé la conscience de ses droits dans une instruction républicaine, — fii tant est qu’une instruction exclusivement ré publicaine ou monarchique mérite le nom d’instruction, — il sera difflcile de le rappeler à la modestie qui convient au sujet d’un Etat bien donné. Mais Tintéressant est précisément de savoir quel contrepoids la nature des choses oroppose au libre exercice de la volonté électorale. Or, les for ces résistautes sont aussi nombreuses que réelles. Les forces économiques, entre autres, comptent parmi les plus despotiques. Entre Tindustrie qui réclame avant tout la liberté, au risque d’engendrer des inégalités de fortunes, et la démocratie prête à sacrifíer tout à 1’égalité, le divorce n’est pas loin de s accomplir; et nul ne croira qu’en cas de conflit ce soient les Jois économiques qui cèdent. Sur ce point comme sur tant d’autres, la nature des choses se t moque des caprices du peuple et des compiaisances parlementaires. Le capital persécuté trouvera toujours le moyen de s’évader par les mille et une voies de circulation dont il garde le secret. L’usine fermera ses portes. Et le peuple verra sans doute ses enfantillages punis, comme le sont tous les enfantillages, par la mise au pain sec ou à la ration congrue.
PBÉFACB DD TRADUCTKDR. PRÉFACB DU TRADüCTEüR. ixm d^étre assez plausibles (1). On nous prêche la fraternité; mais l’égalité, obligeant chaque citoyen à se faire place au soleil, imprègne les cceurs et les caractères d’un égoisme d’autant plus iutense qu’il nous est enseigné, dès I’enfance, comme une vertu nécessaire pour sortir sain et sauf de la mêlée des convoitises. Si nous osions soutenir à un démocrate que la meilleure organisation d’une société est celle qui obéit aux classifications de la nature, qui laisse chacun à la place que lui assigne son intelligence développée suivant le hasard de sa naissance et de sa fortune , qui donne aux cliefs un pouvoir indispensable d’arbitraire, et qui, tout en faisant la part des infirmités ordinaires de la nature humaine, — égoisme, favoritisme, ou paresse, — arrive à se maintenir pour íe plus grand bien de tous, nous passerions à ses yeux pour le fanatique le plus rétrograde du passé. Et ce méme démocrate ne se doute pas que la société politique dont il prétend régir les destinées d’après le seul système XII des préoccupations politiques j et le lecteur qui voudrait répéter 1 experience si iieureusenient tentée par 1 auteur dans l’un des plus curieux passages de son livre (1), en tirerait probablement quelque rectification d’idée inattendue. A première vue, il éclate, entre les théories des démocrates et leur manière d’agir dans Ia vie quotidienne, une surprenante quantité de contradictious. Rien d’instructif et d’amusant toyen dès qu’il n’est plus en représentation patriotique, dès qu’il ne songe plus au rôle comme d’étudier le cipompeux qu il s’attribue dans Ia vie publique. En vain nous dit-on que les classes sociales se rapprochent; nous pourrions nous demander, eu somme, s’il n existe pas plus de distance effective entre un démocrate talon rouge et ses domestiques, quil n’en existaít entre un baron du âge et le dernier de moyen ses vassaux. On nous répète que les esprits vont s’égalisant; voit pas que le propre de la civilisation tement de les dififérencier, suivant la loi célebre qui veut que rhomogénéité primitive des substances et des êtres disparaisse devaut une hétérogénéité toujours croissante. On et Ton ne est jus- (1) Cette question de la caste qui continue d’êti'e très mal comprise et de jouer, quand même, un grand rôle dans la politique contemporaine, demanderait à ôtre traitée par un esprit délié, au courant des derniers aperçus de la Science sociale. II faut qu’elle tienne aux entrailles méme de la nature humaine puisqu’on Ia voit pénélrer jusque parmi les classes ouvrières, en Amérique oii elle produit des effets d’exclu8ivisme très curieux. nous dit que 1 esprit de caste disparaitj et l’on ne comprend pas qu’il s’affirme tous les jours et puise, dans les diffèrences d’éducation et de fortune, des raisons (1) Voir plus bas, pp. 195 et suiv.
PRÉPACB DD TnADOCTEDR. ixm PRéFACB DD TRADUCTBDR. des préoccupations politiques; et le lecteur qui voudrait répéter rexpérience si heureusement tentée par 1’auteur dans Tun des plus curieux passages de son livre (1), en tirerait probablement quelque rectification d’idée inattendue. A première vue, il éclate, entre les théories des démocrates et leur manière d’agir dans la vie quotidienne, une surprenante quantité de contradictions. Rien d’instructif et d’amusant comme d’étudier le citoyen dès qu’il n’est plus en représentation patriotique, dès qu’il ne songe plus au rôle pompeux qu’il s’attribue dans la vie publique. En vain nous dit-on que les classes sociales se rapprochent; nous pourrions nous demander, en somme, s’il n’existe pas plus de distance effective entre un démocrate talon rouge et ses domestiques, qu’il n’en existait entre un baroji du moyen âge et le dernier de ses vassaux. On nous répète que les espríts vont s’égalisant; et l’on ne voit pas que le propre de la civilisation est jus* tement de les différencier, suivant la loi célèbre qui veut que rhomogénéité primitive des substances et des êtres disparaisse devant une li^' térogénéité toujours croissante. On nous dit que 1 esprit de caste disparait; et l^on ne comprend pas qu il s affirme tous les jours et puise, dans les différences d’éducation et de fortune, des raisons XII d'être assez plausibles (1). On nous prêche la fraternité; mais Tegalité, obligeant chaque citoyen à se faire place au soleil, imprègne les coeurs et les caractères d’un égoisme d’autant plus intense qu*il nous est enseigné, dès l’enfance, comme une vertu nécessaire pour sortir sain et sauf de la mêlée des convoitises. Si nous osions soutenir à un démocrate que la meilleure organisation d'une société est celle qui obéit aux classifications de Ia nature, qui laisse chacun à la place que lui assigne son intelligence développée siiivant le hasard de sa naissance et de sa fortune , qui donne aux chefs un pouvoir indispensable d’arbitraire, et qui, tout en faisant la part des infirmités ordinaires de la nature humaine, — arrive à se égoísme, favoritismo, ou paresse, maintenir pour le plus grand bien de tous, nous passerions à ses yeux pour le fanatique le plus rétrograde du passé. Et ce même démocrate ne se doutè pas que Ia société politique dont il prétend régir les destinées d’après le seul système (1) Cetto qucstioQ de la caste qui continue d’ôtre trfes mal comprise et de jouer, quand môme, dans la politique contemporaine, deraanderait à étre traitée par un esprit délié, au courant des derniers aperçus de la Science sociale. II faut qu’elle tienne aux entrailles môme de la nature humaine puisqu’on la voit pénétrer jusque parmi les classes ouvrières, en Amérique oíi elle produit des effels d*exclusivisme très curieux. grand rôle un (1) Voir plus bas, pp. 195 et suiv.
PHéPAGB DD TRADÜCrBÜR. XV PBÉFACB DD TRADOCTBÜR. XIV prendre que le régíme de la démocratie actuelle E’a de racines profondes que dans notre amouret qu’il ne tient pas un compte sufflqui convienne, suivant lui, àladignitéderhomme, secomposed’unemultitudedepetitessociétésindu3trielles, commerciales, ou financières, oü les intérets se híérarchiseut exacteiueEt d'après le inodèle qu’on nous declare d’application impossible. Chacun y occupe une position qu’il doit moins à ses ; efforts strictement personnels qu’à des avantages d intelligeace, de fortune et de relations sociales hérités au berceau (1). Le radical farouche qui refuse de laisser à l’Etat la disposition trôle des quelques cents francs qu’il lui verse à titre d’impôt, est probablement le docile client ou dépendant d’une de propre sant des autres mobiles de Tactivité humaine. Nous avons le ferme espoir que la Science politique aidera, par le caractère impersonnei de ses conclusions, à dissiper les engouements dangereux. Encore faut-il que l’on reconnaiss^ sa valeur scientifique. Et, sur ce point, ropposition est en core trop vive, surtout en France, oíi, dans la rigueur avec laquelle on scrute ses titres, pourrait bien se caclier la crainte de voir un jour ses prín cipes sMmposer avec trop de force et exiger le renoncement à dês chimères favorites. Les mieux intentionnés consentent tout au plus à déclarer que la politique est un art. Sans doute, il y a de 1’art dans la politique, en ce que chacun y apporte, dans la traduction des principes en actes, une dose de tact personnel, un sens de Topportun, une connaissance de Fhomme, que le savoir des livres ne donnera jamais. Mais 1’art même s’appuie toujours sur la Science. L’art du paysagiste emprunte une bonne part de son exactitude à Ia per spective, 1’art du portraitiste à 1’anatomie : l’un et 1’autre suivent encore les lois immuables de lajuxtaposition des couleurs. Et, tout deméme, Thomme d'Etat doit compteravec les lois non moins immua bles de la nature humaine. L’essentiel est de ne pas demander à la Science politique des prédictions sans conces sociétés naturelles; sans participer même d’une humble voix consultative à la gestion des aflfaires communes. Et, tout du long de la vie courante, on relève ainsi entre les principes professds en politique et ceux qui déterminent le va-et-vient de 1 existence quotidienne, des antiuomies autrement difflciles à concilier que celles de Kant. H est impossible d’observer ce contraste sans comil lui doit les moyens de vivre, (1) Dans un livre qui reslc le modèlo orthodoxe de Tenseignement destiné velle, l’auteur trait d’ironie , plus de cbances I a plus de facilités aux jeunes générations de la France nouesquive TembaiTas de cette constatation par un assez audacieuse. Sans doute, 1’bomme riche a que lepauvre d'ôtre nommé députó, et son fíls du pauvrepourdeveniringénieur, général, ou millionnaire. Mais tout cela Paul Bert, Manuel d'Instruction n’est pas grand'chose- » Civique, ôd., p. 123.
PUÉFACE Dü TRADüCTEUn. XVII PUÉFACE DU TRADDCTEUR. XVI de départ, aux armées de volontaires, comme il en éíait du temps de nos guerres de Finde et du Canada. Un critique américain observait naguère que c’etait un bonheur pour son pays que d’avoir une constitution quasi-immuable, et que, si le portefaix de New-York était obligé d’abandonner brusquement le déchargement d’un paquebot pour courir légiférer dans ses comices, comme jadis le matelot d’Athènes appelé sans cesse du Pirée Pnyx, Fheure viendrait vite oü le souci de la législation serait abaudonné à un spécialiste d’un genre de gouvernants bien connu, celui des despotes. — Et ainsi des autres lois. Au total plus precises que Fon n’en demanderait à des Sciences analogues dans une sphère purement naturelle, comme Ia météorologie. II est de fait qu’à la veille d’une élection, on ne saurait dire si le résultat sortira de Furne, jaune ou bleu en Angleterre, rouge, blanc, ou plus ou moins tricolore en France. Mais cela n’exclut pas une certitude sufflsante dans la marche des faits généraux. D"oh la possibilité d’en formuler les lois. C'est une loi que la succession constante des actions et réactions, et vouloir s'y soustraire serait aussi naíf que prétendre fixer le baromètre à hauteur déterminée. C’est une loi que la prédominance ordinaire de Fintérêt personnel sur Fintérêt général dans Fesprit du citoyen de telle sorte que si la vie publique empiète trop sur la vie privée, le citoyen abdiquera ses droits pour acheter la dispense de ses devoirs. Veutla preuve que Ia loi fonctionne au une ceux qui reprochent à la Science politique de n’être accessible qu’á un petit nombre d’esprits et de n’avoir aucune prise sur les masses n’oublient qu’une chose cette difficultó d’agir sur le peuple se trouve précisément Funique raison de cette Science. II est visible que si tout le monde s’accordait à savoir, que dans on penser juste et à suivre les conseils des sages, si le sens commun se confondait une íbis pour toutes avec le bon sens, le « royaume de Dieu » serait du coup établi sur Ia terre, pour parler comme 1 Evangile, et la Science politique deviendrait inutile. Au contraire, plus le peuple cède à des impulsions irréüéchies , plus sa nature participe de celle des éléments, plus le caícul des forces qui le dirigent approche de Fexactitude. C^est en France, à Iheure actuelle? Rien de plus simple à démontrer. Demandez aux ministres du jour d’oil vient quavec les immenses ressources du Service militaire obhgatoire, ils éprouvent tant de difficultés à poursuivre une politique d’agrandiesement lonial, d oü vient qu'après avoir décrété l'impôt u sang, la République liésite à le dépenser en de menues aventures ; et comment il se fait qu’en oins d un siècle, l’mexorable loi des choses tend à nous ramener hypocritement à notre point coII.
MX PBÉFACE DU TRADDCTEDR. grands coups les peuples vers ce but indistinct. En vaiE les généralions pensantes et souflfrantes d jourd’hui supplient qii^on les épargne et qu’on ne crifie pas leur présent aa bonheur problématique de riiumanité future. Rien ne sert. On leurrépond par un redoublemenl d’expériences irréfléchies, avec la persuasiou que tout avance Tère promise, même 1’insuccès des conceptions les plus fantaisistes (1). El pourlant, ii senible bien que, dans Tétat actuel des liommes et des cboses, les conditious d’existence et d’unité sociales soient assez strictement iimitées. Eiles paraissent à peu près les mêmes pour tous les peuples ^ quelle que soit leur forme de gouvernement, depuis la monarchie la plus capricieuse jusqu’à la ddmagogie la plus PRÉPACE DU TRADÜCTEUR. XVIII ainsi qu’il tombe sous la coupe des habiles. II dépend d'aucune volonté humaine de détourner les courants de rAtlantique ou de cbanger Tordre des moussons. A lutter contre peme. II sufflt d’y perdre un peu detemps, de ne pas s’obstineràprendrelaligne droitepourle plus court chemin d’un point à un autre, et de savoir utiliser les forces aveugles pour arriver à bon port. C^est donc aux habiles que s’adresse, àn'en pas douter, le présent volume. Et jamais leçon n^est venue plus à son heure. II n’y a pas à se dissimuler que la croyance au transformisme et à révolution infinie de rbumanité politique militante ’au- ne saeux, on perdrait sa ont introduit dans Ia un élément des plus dangereux. Ce n’est pas seulemeut à un type rationnel, comme I assure M. Schérer, que l’on éprouve le besom deramenerlesinstitutions françaises. Pareille mee familière aux grands hommes de la première Revoluüon, semble aujourd’hni Irop arriérée pour ménterl appui del'état-majorpoUticioii. Onse plaít â croire que la raison du présent ne sera point celle avenir, et cest á la raison de Tavenir que Tn conformer toute chose. lais'!P*'^V * ‘^OQtinue de Tespèce humaine ne nas “'“P tirer les P®''^ Pa^ neM Moins l’avenir se dessine clairement, plus de le connaítre et d’ (1) Un jeune philosophe de talent vient d’cxposer en termes très clairs cette doctrine, qu’ii semblc professcr avec une fiance dont il n’est pas â souhaiter que le législateui’ se pénèMôme au point de vue de I’dvolution purement physique con¬ tre. n et physiologique, le bien pensé n’est pas perdu, le bien tenté n’est pas perdu, puisque la pensée, le désir môrae façonue les . L’idée inôrae de ce qul est aujourd’liui une chimère organes implique un mouvement récl de notre cerveau, elle est encoie une « idée-force, » qui contieot son élément de vérité et d’iufluence. Nous héritons non seulement de ce que nos pèrcs ont de leur ceuvre inaebevé, fait, mais de ce qu’ils n’out pu faire de leur effort en apparence inutile... Non, pas un de mes rêvcs, peut-ôtre, nc sera perdu : d’autres les reprendront, les rêveront après moi, jusqu’é cc qu’ils s’achèvent un jour... » M. Guyau, Revxie des Dcux~Mondcs , 1" sept. 1886, pp- H8-9. Oü sent une hâle fiévreuse y parvenir. Oh aiguillonne à
PRÉFACE Dü TRADOCTEOR. grands coups les peuples vers ce but indistinct. En vaiales générations pensantes etsouflfrantes d’aujourd’hui supplient qii^on les épargne et qu’on ne sacrifle pas leur [irésent aii bonheur problématique de rbumanité future. Rien ne sert. On leurrépond par uu redoubleiuent d’expérieaces irréfléchies, avec la persuasiou que tout avance Tère promise, même l’insuceès des conceptions les plus fanlaisistes (1). Et pourtaut, il semble bien que, dans Tétat actuel des hommes et des clioses, les conditious d’existence et d’unité sociales soient assez strictement limitées. Elles paraissent à peu près les mémes pour tous les peuples, quelle que soit leur forme de gouvernemeiit, depuis la monarchie la plus capricieuse jusqidà la déraagogie la plus XIX PRÉFACE DU TRADüCTEüR. XVIII ainsi qu’il tombe sous la coupe des babiles. II dépend d’aucune volonté humaine de détourner les courants de 1 Âtlantique ou de changer 1’ordre des moussons. A lutter contre ne eux, on perdrait sa peine. 11 suffit d’y perdre un peu detemps, de pas s’obstíneràprendrelaligne droite pourle plus court cbemin d’un point à un autre, et de savoir utihser les forces aveugles pour arriver à bon port. C^est donc aux babiles ne s’adresse, àn’en pas douter, le présent volume. Et jamais leçon n'est venue p us à son heure. II n’y a pas à se dissimuer que la croyance au transformisme et à l'évol tlon infinie de rbumanité politique militante uont introduit dans la un élément des plus dangereux. Ce n’est pas seulement à un type rationnel, comme 1 assure M. Schérer, que Fon éprouve le besom de rameuerlesiustitutioas franoaises. Pareille v.see famihère auxgrands hommes de la première Eevoluüon, semble aujourd’hui trop arriérée pour ménterl appui deFétat-majorpolitieien. On se plaít à croire que la raison du présent iie sera point celle Fon ^ Favenir que La nerwVh rr”’''' toute chose. laisse e„t;evôir deTÍoriz '' ne pas ébleuir les e “et 7 t' firer Ioq pour ne pas attirer es imaginations. Moins Favenir se desSine ola.rement, plus on sent de le connaítre et d’ (1) Un jeune pbilosophe de talent vient d’exposer en termes très clairs cette doctrine, qu’il semble professor avec une confiance dont il n’est pas à souhaiter que le lógislateur se pénètre. « Méme au point de vue de 1’ovolutlon purcraent physique et physiologique, le bien pensé n’est pas pordu, le bien tenté o’est pas perdu, puisque la pensée, le désir même façonne les organes. L’idée même de ce qui est aujourd’hui une chimère implique un mouvement rccl de notre cervean, elle est encore uno « idée-force, fluence. Nous béritons non seulement do ce que nos pères ont fait, mais de ce qu’ils n’ont pu fairc, de leur oeuvre inachcvó, de leur eíTort en apparence inutile... Non, pas uu de mes rêvcs, peut-êlre, ne sera perdu : d’autres les repreiidront, les rêveront apres raoi, jusqu’à ce qu’ils s’acbòveat un jour... » M,. Guyau, [(eiue des Deux~Mondcs , l®*' sept. 1886, pp- 178-9. qui contiení son élément de vérité et d’inune bâte fiévreuse y parveuir. On aiguillonne à
PRÉFACE Dü TRADUCTEUR. émancipée. Si Ton veut tenir compte de ces conditions d’existence avant d’entreprendre un effort progressif, on aura chance de réussite dans la mesure que permet la faiblesse des conceptious humaines. Mais si l’on s’obstine à les défler, la morgue de 1’électeur s’y brisera tout autant que la superbe d un despote asiaíique. La bourgeoisie pansera de son mieux ses blessures d’amour-propre. Le peuple, pour échapper à la famine, acceptera n importe quel servage. Et Vliumauité, rentrée dans Ia lente et vraie voie du progrès, prendra le parti d’en suivre patiemment les sinuosités. Elle aura appris à ses dépens que, malgré son intelligence, elle n’est pas la plus forte. « II y a dans les choses, » disait Lamennais, « une résistance qui n’est pas dans les idees, sans quoi le monde ne subsisterait pas six mois XX PRÉFAGE DE L’AUTEUR Les Essais qui suivent, au nombre de quatre, relèvent du genre dMtudes auxquelles, durant une bonne partie de ma vie, j’ai consacré tout le loisir doiit je pouvais disposer. II y a bien des années, dans un livre intitule VAncien Vroit (1), j'avais tenté d’appliquer Ia méthode des recherches dites historiques aux lois et institutions privées de riiumanité; mais, dès le début, je trouvai la voie obstruóe par un certain nombre de théories a pjiori qui, sauf pour de rares esprits, satisfaisaient Ia curiosité á l'égard du passe et paralysaient les spéculations nouvelles quant à 1’avenir. Elles se basaient d’abord sur 1'hypothôse d’un Droit et d’un Etat de nature térieurs à toute institution positive, puis sur un système hypothétique de droits et de devoirs ap- (1) [Àncienl Law. Londres, Murray, i861. — L'Ancien Droü, U-ud. Courcelle-Seneuil {de Tlnstitut). Paris, Guillaumín. t874j. . » Nous devons, en terminant, ces trop longs préliminaires, exprimer à Sir Henry Maine notr profonde reconnaissance e pour son inaltérable patmnce à nous aider dans les diíFicultés de notre tache. Si le lecteur prcnd quelque interét â lire ans sa propre langue les pages qui suivent, C est à 1'auteur (1) qu’il en devra remerciements. anses premiers Septembre 1886. , (l) Lc3 notes que nous avons ajoutéesavec son approbation sont renfermées entre crochets. 1
PBÉFACB DE l’aDTBUB. 3 ã PRÉFACB DE l’auTEDR. piste les recherches historiques sur 1'origine de la société et sur le développement du droit. J avais toujours éprouvé le désir et gardé 1 esperance d"appliquer la méthode historique aus insíitutions de la politique humaine. Mais, ces inpropries à la condition naturelle de rhomme. II semblait admis que travailler à ramélioration Progressive des institutions humaines n’était autre chose que rentrer graduellenaent en possession de ceíte condition naturelle. En examinant, comme il était indispensable , la véritable ori gine et 1 histoíre authentique de ces théories, je m’aperçus bieníôt qu’elles reposaient phiiosophie éminemraent fragile, quoiqu’ü fôt facile de prouver en même temps qu’elles avaient exercé une infiuence des plus puissantes en bien comme en mal. L’un des caractères qui s’associent le plus clairement à la nature et à ses droits était la simplicité; et c’est ainsi que les théories dont je parle ont engendre (moins en Angleterre qirailleurs, ü est vrai), nombre de réformes précieuses dans la législation en la simplifiant et en la ici encore, les recherches sur 1'histoire de stitutions et les efforts tentés pour en estimer la véritable valeur d’après les résultats de ces recher ches , se írouvent sérieusement entraves foule d'idées et de sur une par une croyances qui se sont répandues de nos jours au bénéfíce d’une forme spéciale de gouverneraent, cette forme extreme de nementpopulaire que Ton nomme démocratie. Les notions qui règnent eu Europe sur le gouvernement populaire proviennent eu partie (et à cet égard elles méritent íout notre respect) d’observations sur sa mise en oeuvre efifective; puis, en partie, et dans une mesure beaucoup plus importante, elles se bornent â répéter, sous une forme altérée ou déguisée, les principes techniques des deux Constitutions anglaise et américaine. Mais nombre d idées à ce sujet, idées qui continuent régulièrement d’absorber ou de remplacer toute idée contraire, me paraissent, ainsi que les théories juridiques dont Je viens de parler, le fruit de simples conceptions a priori. Ce n’est, au fond, qu une nouvelle série de déductions appuyées 1 hypothèse d’un état de nature. Sur le continent d Europe, on n’a jamais oublié leur véritable gouverprivée, purgeant de ses technicalités barbares. Elles ont pris en outre une large part à l’enfantement du droit International, et, par là, elles auront P^ contribuer dans une mesure, cVailleurs assez minime, à apaiser 1’ardeiir quere euse et sanguinaire qui avait accompagné 1 espèce humaine durant tout le toire Mais d'autrepart, elles ont, à mon sens, enervé 1 mtelhgence humaine et Font rendue capable des extravagances oü elle est tombée à 1» nn du dix-huitième siècle. elles ont três cours de son hissur Et, dans tous les cas, certainement lance sur une fausse
PnéFACE DE l’auteur. qui me semblent mériter bien plus de considération qu’ils n’en ont obtenue jusqu’ici. II y a soixante ou soixante et dix ans, quiconque s’occupait de Science politique devait fatalement employer surtout dans ses rechercbes une méthode d’investigation déductive. Jeremie Benlham, qui se souciait peu des événements lointains de rhistoire, n’avait guère d’autres éldments sous les yeux que les phénomènes de la Constitution anglaise, qu’il entrevoyait à la lumière toute spéciale de sa propre philosophie et qu’il regardait à son poinl de vue de réformateur du droit privé. II possédait en sus quelques faits matdriels que lui avait fournis ia courte experience de la Constitution américaine, outre qu’il avait encore à sa disposition les tentatives si brèves et si malheureuses de la France en matière de gouvernement démocratique. Mais depuis 1815, et surtout depuis 1830, le gouverne ment populaire a éié introduit dans presque toute TEurope continentale et dans toute rAmérique es> pagnole du Nord, du Centre et du Sud; et le fonctionnement de ces institutions nouvelles nous a valu un certain nombre de faits du plus vif intérêt. Entre temps, Tantique Constitution anglaise se modifiait avec une rapidité qu’on n’aurait pu prévoir à 1’époque de Bentham. Je soupçonne que parmi les Anglais vraiment doués d’un esprit observateur, il en est peu qui, en présence de Tagitation. dont le mouvement a rempli l’^té et 5 i PREFACE DE LAUTEUrt. source, et l’on sait parfaitement qiCelles dérivent des leçons de Jean-Jacques Rousseau, qui était persuadé que les hommes émergent de Tétat de nature primitif par une évolution propre à rendre toute forme de gouvernement illdgitime, hors la démocratie. En Angleterre, il est rare que l‘on fasse explicitement, ou même sciemment, aliusion à leur véritable origine qui, nonobstant trahit pas moins constamment dans les sions dont on se sert pour les formuler. On représente couramment la démocratie comme jouissant d’une supériorité inhérente sur toute autro forme de gouvernement. On qu’elle s'avance d’un , ne S0 expressuppose d’ordinaire mouvement irrésistible et preordonné. On la croit pleine de bénédictions expectative pour rhumanité. Et cependant, lui arrive de ne point apporter avec elle oes bénédictions, si même elle se montre lamités désastreuses, en s^il prolifique en can’imagine point qu’elle soit passiblede la moindre condamnation. Tels sont les traits familiers d’une théorie indépeudante de Texpérience sous le prétexte de créance d qui se prétend et de 1’observation > qu’elle nous , ^ ^ apporte les lettres 1'histoire et, parÍuuf.T Pêndant lequel une théorie poliüque a pno» s’est ainsi frayé la voie toutes les societés civilisées d’ dérouler inapossible à vérifier. sein êe au - d Occident a vu se tiíte suite d*événement® en parallèle J
7 PaÉFACE DE l’aUTEOR. 6 PRÉFACE DE l’aDTEÜR. DaiisrEssaisur-£(í2ÍVGÍMí’ecíe ladémocratieeapère apporter certaines raisons de croire que, sous la forme extrême vers laquelle il tend, il est, de tous les gouveraements, de beaucoup le plus difflcile. Dans L'Age du progrès., j’ose soutenir que le changement perpétuel qu’il semble réclamer, et tel qu’on Hmagine de nos jours, ne s’harmonise pas avec les forces normales qui dirigeat ia nature humaine, et qu’il pourrait dès lors nous conduire à de cruels désappointements ou nous infliger de graves dósastres. Si en cela j’ai quelque peu raison, le gouvernement populaire, surtout lorsqu'il approche la forme démocratique, exigera í’effort de toute la sagacité et de toute la capacite politique du monde , pour nous garder des mésaventures. Heureusement, s’il est plus d’un fait de durée et ses succès, il rautomne de 1884, n’aient été fort étonnes de pays constater combien la Constitution de leur s’était altérée sous le couvert des vieilles ●sions et des vieilles formes constitutionnelles. Et pendant ce temps , la solidité de quelques-unes des garanties que Ia Constitution fddérale d’Amé' nque avait préparées en vue des iníirmités du gouvernement populaire s’afarmait de la façon la plus remarquable. C'est aiusi que, daus presque tout le monde civilisé, une grande quantité de faits nouveaux s’est acoumulée, à l’aide desquels je m efforce, dans les Essais qui suivent, de contrôler le titre des opinions qui entrent en ciroulation de nos jours relativement pulaire, à : la démocratie. expres1 au gouvernement poconverge vers mesure que ce dernier mauvais augure pour sa en est d’autres qui nous portent à croire qu’il n’est pas au-dessus des pouvoirs de la raison hu maine de découvrir des remèdes contre ses inflrmiCe sôrait faire. preuve d’ignorance ou de vaise foi que de nier les bienfaits dont 1 est redevableau mau- 'humanité gouvernement populaire entre plusieurs oalamites. Ndanmoins, s’il entre une ombre de vente approximative dans les conclusions quellesj arrive dans les trois études imprimées en ner aupín se résoudre à éliminer quelques-unes des hypothèses admises sur tés. Afin de mettre en lumière quelques-uns de ces dernierssymptômes, et de signalerenmême temps le quartier oh celui qui veut étudier la politique {après s’être dégagé des hypothèses a priori) peut chercher des matériaux pour reconstruire sa Science favorite, j’ai entrepris la critique et Tanalyse de la Constitution des Etats-Uuis, sujet qui semble prêter à la diffusion de beaucoup d erreurs. Parmi ces erreurs, il en est qui paraissent auxcommunément ce pomt. Dans TEssai sur UAvenir du gouvernement populairp i»o- " ^ ^ > J ai voulu nrouver oue ce gouvernement. si l’on prouver qu , on 8 en tient à la simple observation des faits, ^ rentrèe dans le s est montré, depuis sa extrémement frágil e- monde ,
9 PRÉFACE DE l’aüTEDR. 8 PRÉFACE DE l’AUTEÜR. Quarterhj Review (1), tout en me procurant des lecteurs plus nombreux que Ton n eut osé 1 espédissertation sur des queslions supposer que ceüe Constitation est un jour sortie du cerveau de rhomme, armée de pied en cap , comme la déesse de la Sagesse, idee très conforme aux réveries modernes qui ont cours sur le contirer pour une abstraites de politique générale , qui n ont qu rapport lointain avec les discussions acerbes des partis, m’a valu en outre 1’avantage d’un certain nombre de critiques qui me sont parvenues avant de donner à ce volume sa forme déflnitive. Je dois signaler en première ligne une série d’observations que Lord Acíon a bien voulu m’adresser. Je me suis permis, dans les pages qui suivent, d^utiliser Ubrement les fruits de son savoir étendu et ’un nent, relativement à l’origine de la démocratie. J’ai essayé de démontrer que sa naissance, en réalité j toute naturelle, procédait de circonstances histo- j riques très ordinaires; et que si parfois elle : touche à 1 absolue Sagesse, cet heureux accord ' resulte de 1’habileté avec laquelle des esprits sagaces, ayant conscience que certaines faiblesses héritées au berceau, s’aggraveraient sous 1 empire des nouvelles conditions oü elle allait vivre, lui avait prepare des ressources pour réduire au minimum ces infirmités, ou même leS neutraliser enlièrement. Son succès, que le succès des autres institutions ; qui ont également réussi, me semble provenir de ce que l’on a su adroitement serrer le mors aux impulsions populaires, au lieu de leur lâcher Ia bnde. Tandis que la Constitution anglaise se transforme de sa pensée aussi originale que profonde. H. S. Maine. Londres, 1885. aussi bien américaines (1) [Avril 1883, janvier et octobre 1884, avril 1885]. insensiblement en gouvernemont côtés par de sérieuses difficultés, la Constitution fédérale américain® prouve qu’il y a déjà plus d’un siècle, on avait su ecouvrir divers expédients pour mitiger grandement quelqties-unes des difficultés pour et en jeu,. autresen substance dans 1^ en surmonter entièrement quelq L’apparition de ces Essais ues
ESSAIS 8Un LE GOUVERNEMENT POPELAIUE CHAPITRE PREMIER. L*AVENIR DU GOUVERNEMENT POPULAIRE. C’est un des lieux communs les plus rebattus de 1’histoire moderne que Taveuglenient des classes privilégiées, en France, devant la . Róvolution qui allait prochainement les engloutír. 11 y a là sans doute de quoi nous surprendre beaucoup. Ce que ne pouvaient discerner le Roi, le Noble, ou le Prêtre, se manifestait déjà clairement à Poeil de Pobservateur étranger. « Bref, » conclut Lord Chesterfield, dans un passage fameux de sa lettre du 85 décembre
i/aveni» dvi r.nuvicRNtíMicííT pui*iiluuí:, » ayant à leurs ordres toutes les splendeiirs du » monde, et dont Texistence n’en tient pas » inoins du prodige, suspendue qii’elle est » comme par un clieveu (1). » Mais encore que Chesterâeld fasse appel à rhistoire, quiconque étudie maintenant Fliistoire avec soin trouvera peut-être éminemment excusable Taveuglement de la noblesse et du clergé trançais. La monarchie, à 1’ombre de laquelle croissaient et semblaient prospérer tant de privilèges, paraissait plonger cines plus profondément dans le passé qu’aucune autre institution de TEurope contemporaine. Les pays qui forment aujourd’hui la France n^avaient joui d’aucun gouvernement populaire depuis la disparition de la rude liberté gauloise. De là, ils étaient tombés à l’état de provinces romaines, soumises à une administration des plus strictes, gouvernées de haute inain, et íortenient taxées. Les recherches de ^ la jeune et savante école d^historiens qui se lève maintenant en France, nous donnent lieu de douter que les Germains aient apporté à la Gaule la moindre ombre d^affranchissement, bien qu on se plaise parfois à supposer qu’ils !:< <2 ESSAIS SlIR LE GOUVERNEMENT POPULAIRE. 1753, tous les symptomes que j’ai jamais vus » marquer dans Tliistoire l’approche de gran- » des transforraations ou révolutions, au seín » d’un gouvernement, existent à cette lieure » et progressent journellement en France. » Bon nombre d’écrivains de nos jours, avec la sagesse que Ton acquiert d’ordinaire coup, dómontrent méprendre sur les terrible avenir. La clergé auraient du comprendre qu’en face <le lirréligion qui devenait chaq mode, la croyance ; longteraps. Ils aumlentíd f imclaLes La“ différentes , cial. Ils médiates d après que l’on n’aurait pas dú se aignes avant-coureurs de ce cour, Taristocratie et le ses raue Jour plus à la aux privilèges de naissance i ^ ® soulèvement sO' ' aurment pu observer les causes im- ^ ^nances et dan^^ désordre des lis auraient i" * que rédiflc pour sentif nbii d! ’ était une cour I miné de toüs cSs "‘m® ! » dont le<i hoK-i ‘ ^^^^‘fiqnepalais d’Armifí® ■ P une douce musique d’adulation) (0 Carlyle, La fíévolution françaisc, I, 4.
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